Vendredi 21 novembre 2008
Dans le marais, Lisa la jument sauvage vient de donner naissance à Simaga à la
belle robe noire. Mais elle a a juste le temps de lui offrir un baiser qu'elle se fait enlever. Ce baiser, Simaga croit que c'est la lune qui lui l'a donné et, pour lui, celle qui brille
là-haut dans le ciel est sa mère.
Simaga grandit dans cette illusion jusqu'au jour (ou plutôt la nuit) où la lune
n'apparait plus. Inquiet, le poulain part à sa recherche loin, très loin du marais qu'il connait si bien. Ses pas l'emmènent même sur la Terre interdite d'où il est chassé très vite par les
énormes taureaux qui montent la garde et à qui il ne peut fournir le moindre papier attestant de son identité.
De retour chez lui après moults aventures, Simaga aura le bonheur de retrouver la lune et surtout sa vraie mère, Lisa la belle jument sauvage.
"Simaga le cheval sans papiers" est le dernier album de Muriel Diallo paru aux
éditions Vents d'ailleurs. J'ai eu le plaisir de rencontrer cette auteure, illustratrice, conteuse l'an dernier lors du Salon du livre jeunesse que l'Association Drômoise pour la Lecture
organise chaque année en janvier. En 2009, Muriel Diallo revient en tant que marraine de ce Salon. Un plaisir renouvelé.
Dans cet album, on retrouve les thèmes chers au coeur de la jeune femme: l'amitié, la solidarité, la citoyenneté et aussi les épreuves que la vie ne se gêne pas de nous infliger. Muriel Diallo
n'hésite pas à traiter d'un sujet difficile et extrêmement sensible: celui des Sans-papiers. Elle le fait avec pudeur, en toute simplicité et avec une belle honnêteté. En quelques mots, tout
est dit et se comprend sans peine.
L'auteure est aussi illustratrice. Dans ses tableaux, on retrouve sa façon
si personnelle d'y mêler des coupures de papiers journaux, du fil, des morceaux d'étoffes, de la matière aussi... Tout ceci apporte une réalité supplémentaire à son oeuvre mise
magnifiquement à l'honneur par des couleurs chaudes et vives que seule la grisaille de la Terre interdite vient ternir.
"Simaga le cheval sans papiers" est un album sensible, réaliste et
résolument optimiste à mettre entre toutes les mains.
Pour enfants à partir de 6-7 ans.
Mercredi 19 novembre 2008
J'ai une histoire avec ce livre. Non pas que j'ai
encore "la vie devant moi" (un peu moins maintenant il me semble ;o) mais plutôt parce que j'ai commencé la lecture de ce texte de Soukaïna Oufkir cet été, fin août. Et je l'ai posé. D'autres
lectures m'attendaient, pas forcément plus réjouissantes, mais dont le thème m'interpelaient plus ou correspondaient davantage à mon état d'esprit d'alors.
Et puis, dimanche, une pile de livres menaçant de s'effondrer dans ma chambre, j'ai pris le temps de les classer et je suis "retombée" sur ce roman que j'ai fini de lire d'une traite.
Soukaïna Oufkir est la quatrième fille du général Mohamed Oufkir, ancien ministre de l'Intérieur du Maroc dans les années 1960-1970. Son poste haut placé l'a entraîné dans les secrets les plus
absolus, tellement qu'il en est assassiné et que sa famille, sa femme, ses enfants, est enfermée.
Soukaïna n'a que 9 ans lorsque ce drame arrive. Par sa voix, nous découvrons l'horreur de cet enfermement, l'espoir si souvent déçu d'être enfin entendus du roi Hassan II. Et puis la promiscuité
avec les géôliers, les changements de lieux pour ne pas prendre le risque de les situer, ces parcours longs, si longs dans le désert marocain, avec la soif au ventre, la faim, les besoins naturels
à maîtriser. Et aussi les petits bonheurs familiaux, les rivalités, les jalousies, l'incompréhension. Soukaïna est enfermée avec sa mère et ses frères et soeurs. Cet isolement va durer 19 ans 1/2.
C'est long, horriblement long. Elle grandit, connaît les affres de l'adolescence dans cet isolement, devient une belle jeune femme. Et en elle, toujours ce désir bien légitime de partir,
s'évader. Surtout ne pas se résigner.
Sa liberté, Soukaïna va la retrouver. Au bout d'une fuite effroyable, en passant par le tunnel qu'avec ses soeurs, elle a creusé, creusé et creusé encore. A ses côtés, on éprouve cet acharnement à
avancer, sans se retourner, même si la peur nous tenaille au ventre.
J'ai lu ce livre dans le cadre de mon challenge ABC 2008 lettre O. C'est un témoignage vibrant, poignant, une vie et des destins qui nous paraissent inimaginables. Et pourtant, ça s'est passé au
20e siècle, à quelques décennies d'aujourd'hui et à quelques petits milliers de kilomètres de chez nous seulement.
Sincèrement j'ai aimé cette écriture à la fois crue et sensible, humaine tout simplement.
Dimanche 16 novembre 2008
C'est le titre de l'essai de Isabelle Tilmant paru aux éditions Anne Carrière que
j'ai lu et commenté pour Culturofil et que je vous invite à lire ici en ce dimanche gris et à nouveau pluvieux! ;o(
Bonne lecture!

Me revoilà pour la deuxième fois aujourd'hui et pour vous confier Un secret. Et
quel secret!!! Celui de Philippe Grimbert paru d'abord chez Grasset puis en Livre de Poche.
Ce Secret, je l'ai choisi dans la liste proposée par les lectrices blogueuses de Toulouse pour le thème "retour aux sources" de leur club Lire et délires, ouvert spécialement à la blogosphère en
ce samedi 15 novembre. Et je ne le regrette vraiment pas! Cette lecture m'a permis de découvrir un auteur de grand talent, fin, élégant, à l'écriture douce et légère qui sait se montrer brutale
au moment où il le faut.
Je ne reviendrai pas sur l'histoire que tout le monde connaît (et dont un film a
été tiré il y a quelques mois déjà). Cette histoire plutôt autobiographique d'un petit garçon (l'auteur) solitaire qui s'est inventé un frère aîné paré de toutes les qualités dont il se croit, à
tort, dépourvu. Un frère qu'il n'hésite pas à évoquer devant ses copains de vacances ou des personnes étrangères à sa famille mais dont il se garde bien de parler devant ses parents ou ses
proches comme s'il sentait indiciblement qu'il ne faut pas, qu'il n'en a pas le droit. Jusqu'à cet instant où, effectivement, la vérité éclate au grand jour dans toute sa brutalité et son
incompréhension. Ses parents ont bel et bien eu deux enfants : lui et ce frère plus âgé, né avant lui et disparu pendant la deuxième guerre mondiale dans ce qu'on n'ose pas encore nommer par son
nom, un camp de concentration.
Outre le drame intime et familial que révèle ce texte magnifique et bouleversant, c'est toute une partie de l'Histoire mêlée à une histoire personnelle que l'on préfère cacher pour,
peut-être, l'oublier qui se dévoile et nous attriste, nous horrifie et nous interroge.
Comment en effet survivre à un tel évènement? Comment continuer? En se taisant comme les parents de cet enfant? Difficile de répondre...
Philippe Grimbert est psychanalyste. Derrière ses mots, on ressent la paix retrouvée après un long travail sur soi-même. C'est certainement ce qui fait la force de ce texte émouvant, sensible et
au réalisme sincère et effrayant. Un Retour aux sources difficile mais parfaitement réussi.