Kinderzimmer

Publié le par Martine

A la demande générale et unanime de Pahi, je vous invite à lire ce soir ma chronique de Kinderzimmer de Valentine Goby parue dans le Dauphiné Libéré d'hier.

 

Kinderzimmer

 

Imaginez une salle de classe. Des lycéens en cours d’histoire écoutent le témoignage de Suzanne Langlois, rescapée du camp de Ravensbrück pendant la dernière guerre mondiale, du temps où, entrée dans la Résistance, celle-ci s’appelait Mila. Suzanne raconte son engagement, son arrestation, puis « Mi-avril 1944, nous partons pour l’Allemagne. (Et) Quatre jours plus tard, nous marchons jusqu’au camp de Ravensbrück. » Lorsqu’une jeune fille l’interrompt « Comment pouviez-vous savoir que vous étiez dans ce camp ? »

Alors Suzanne s’arrête de parler. Effectivement elle ne l’a su qu’après. Longtemps après, même, qu’elle en soit revenue. Et tout à coup Suzanne se souvient. Et le roman de Valentine Goby paru chez Actes Sud peut commencer…

Kinderzimmer, en allemand, c’est la chambre des enfants. Comment d’un témoignage d’une déportée à Ravensbrück, Valentine Goby réussit-elle à parler d’une chambre d’enfants ?

Début 1944, Suzanne-Mila sert de messagère dans la Résistance à l’occupant allemand engagée à Paris lorsqu’elle est arrêtée en même temps que sa cousine, Lisette. Au cours du « voyage «  qui va l’emmener jusqu’au camp des femmes de Ravensbrück, Mila découvre qu’elle est enceinte, d’un résistant qu’elle n’a connu qu’une fois, la veille de son arrestation, arrêté lui aussi et qu’elle sait ne jamais revoir. De l’arrivée au camp, de la mise en quarantaine, des différents travaux auxquels elle va être affectée, de la mort de Lisette, de son embauche au Betrieb, l’atelier de couture, de son accouchement et de sa découverte de cette fameuse Kinderzimmer, jusqu’à sa libération en mai 1945 avant qu’elle ne redevienne Suzanne Langlois, Mila se souvient de tout. Sa grossesse, cet enfant qui grandit en elle, à qui elle ne veut surtout pas s’attacher et que, à son corps défendant, elle se met à aimer. Son corps justement soumis aux privations les plus extrêmes et qui pourtant trouve encore les ressources nécessaires pour pouvoir donner la vie. Sa rencontre avec d’autres mères au sein de la chambre des enfants. Cette singulière « pouponnière » où tant de nouveau-nés ne passent pas le cap des trois mois pour cause principale de malnutrition transmise directement par leurs mères. Et le retour en France, espéré malgré tout, et cette absolue certitude que tout ce vécu ne pourra jamais être confié ni à ses proches, son père, ni même à des personnes extérieures. Car comment dire ? Comment décrire, raconter cet indicible ? Seuls les mots et la grande sensibilité de Valentine Goby y parviennent et nous révèlent l’impensable : donner la vie dans un camp de la mort. Avec des phrases simples, évidentes, d’une réalité confondante, Valentine Goby signe ici un roman de toute beauté, un texte unique et bouleversant, et aussi curieux que cela puisse paraître, un magnifique hymne à la vie.

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oujette 04/09/2013 23:48


Comme toujours, je note des titres en venant voir chez toi ! ;)


Si tu veux voir de "l'autre côté" , dans les maternités ariennes, je viens de lire Max, qui m'a bien plu. J'en fais la critique ici:


http://oujette.canalblog.com/archives/2013/08/28/27907265.html

Martine 05/09/2013 15:11



Je vais vite te lire. Merci Oujette! Bises



Sylvie 03/09/2013 13:19


Un livre qui m'a tapé dans l'oeil aussi et que je vais très certainement lire... A bientôt !

Martine 03/09/2013 16:46



Alors bonne lecture, Sylvie! C'est un pur joyau!



Pahi 31/08/2013 14:46


Chère Martine,


Un grand merci pour la transcription de ta critique : très belle et émouvante...


Je t'embrasse et te souhaite un beau dimanche.

Martine 31/08/2013 20:33



Merci encore Pahi!


Gros bisous!



Pahi 31/08/2013 14:43


Chère Martine,


Merci beaucoup pour la transcription de ta très belle critique : émouvant...


Gros bisous, mon amie, et bon dimanche.

Martine 31/08/2013 20:33



Merci Denise!


C'est un minimum...


Gros bisous et bon dimanche!



jacqueline 31/08/2013 10:22


J'ai vu l'article sur le Dauphiné Libéré. Et j'ai pu me le procurer. Mais je vais le lire sur ma tablette numérique. Et oui je m'y suis mise. Mais je ne renie pas pour autant le livre papier,
seulement quand on voyage c'est un peu encombrant et ça charge bien les valises. Amicalement, Jacqueline

Martine 31/08/2013 20:32



Merci pour votre avis, Jacqueline! Pour ma part, encore trop besoin du livre papier! Mais ne jamais dire "Fontaine..."


Bonne soirée et bon dimanche!