Nous sommes tous des féministes

Publié le par Martine

Nous sommes tous des féministes

Lorsque Pierre-Yves Ginet, photojournaliste, fondateur de l'association Femmes Ici et Ailleurs et co-rédacteur en chef du magazine éponyme m'a parlé de Chimamanda Ngozi Adichie et de sa lettre à une amie qui venait de donner naissance à une fille "Chère Ijeawele, Un manifeste pour une éducation féministe", j'ai de suite eu envie de le lire. Ma libraire ne l'ayant pas, je l'ai commandé ainsi que ce petit ouvrage paru chez Librio 2€ "Nous sommes tous des féministes" dont je vous parle aujourd'hui.

Chimamanda Ngozi Adichie est une jeune écrivaine nigériane qui milite pour l'égalité hommes-femmes. La première partie de ce petit ouvrage "Nous sommes tous des féministes" est le condensé d'une conférence qu'elle a donnée en décembre 2012 au TEDxEuston, colloque annuel consacré à l'Afrique. 

Je ne vous résumerai pas ce texte. Je vous dirai simplement qu'il faut le lire. Tout est à retenir dans ses propos. J'ai très vite d'ailleurs arrêté de souligner au crayon à papier ou de relever certains passages car je me suis rendu compte que j'annotais tout! Chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe me paraissent essentiels et démontrent une logique et une réalité imparables. Chaque anecdote touche exactement du doigt là où ça percute, là où ça fait mal, là où on se dit "mais oui! Mais c'est bien sûr!" Toutes ces évidences devraient l'être, évidentes, à tous mais aussi à toutes. Et pourtant que de chemin à parcourir encore! Que d'idées reçues, convenues, acceptées, à corriger! 

Le deuxième texte est une nouvelle d'une trentaine de pages "Les marieuses" et nous conte l'histoire de Chinaza Agatha, jeune Nigériane orpheline tout juste mariée par l'oncle et la tante qui l'ont recueillie à la mort de ses parents et qui vient habiter aux USA avec son "Mari tout neuf" étudiant en médecine. Cette histoire, c'est celle des déconvenues successives qui s'abattent sur Chinaza à peine a-t-elle posé un pied sur le sol américain. Des déconvenues dans sa culture d'abord en devant laisser ses graines d' "uziza" à la douane. Dans son identité ensuite quand son mari lui demande de se présenter comme Agatha en lieu et place de son vrai prénom, tout comme il le fait déjà, lui. Dans sa vie intime aussi en subissant son "devoir conjugal". Et encore dans son essence-même, quand son Mari tout neuf lui demande de parler américain, cuisiner américain, vivre à l'américaine tout le temps, tous les jours, y compris au sein de leur foyer. 

Vraiment les marieuses ne lui ont rien dit de tout ça, pas plus que son oncle ou sa tante envers qui elle devrait, en plus, se montrer très reconnaissante du mariage qu'ils lui ont organisé. Non, elle ne savait rien, Chinaza. Sinon aurait-elle accepté? Très certainement, oui. Même si le pire est encore à affronter...

Là aussi dans cette nouvelle, tout est tellement clair, couru d'avance. On sait, on connait ces situations. On les a lues ou entendues dans les faits divers rapportés dans les journaux, à la radio ou à la télé. Mais ici, avec Chinaza, tout prend d'autres proportions. L'écriture sensible, à la fois délicate et d'une cruelle authenticité, deChimamanda Ngozi Adichie fait de cette jeune femme notre amie, notre fille, qu'on a envie d'avertir, d'alerter, de protéger, nous qui savons et qui pourtant acceptons.

Alors, pour Chinaza et ses soeurs d'infortune, pour nous aussi, cela vaut largement la peine de parler d'égalité, en gardant à l'esprit ces notions essentielles qui ornent également les frontons de tous nos bâtiments publics : Liberté, Fraternité.

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