Une voix dans l'ombre

Publié le par Martine

Une voix dans l'ombre

Décidément rien ne va ce matin pour le commissaire Montalbano. Il est d'abord pris à parti par le poulpe que le pêcheur qu'il salue chaque jour vient de lui offrir afin que sa chère employée de maison, Adelina, le lui cuisine avec une de ses recettes dont elle a le secret. Non seulement il se coupe au pied en marchant pieds nus sur le sable de la plage qui borde sa maison, Marinella, en bord de mer, et laisse échapper le poulpe sous l'effet de la douleur, mais alors qu'il le dépose dans son évier afin de se désinfecter, celui-ci le fixe de ses yeux vitreux et le suit dans tous ses faits et gestes!

Ensuite c'est pile à ce moment-là que sa fiancée, Livia, appelle le commissaire pour lui souhaiter son anniversaire ... qu'il avait complètement oublié!

Puis, un peu plus tard, alors qu'il se rend à son commissariat de Vigata, il se fait injurier par un jeune homme conduisant une BMW, lui reprochant en le menaçant d'une matraque, sa faible allure en voiture! Jeune homme que Montalbano arrête quelques minutes plus tard quand il le retrouve en train de faire son plein d'essence!

Ce jeune homme impulsif mis au frais, le commissaire pourrait enfin commencer sa journée, sauf que l'avocat du-dit jeune homme se présente au commissariat, averti par son client à qui l'agent Gallo a oublié d'enlever son téléphone portable. Pratiquement asphyxié par le parfum agressif de l'avocat, Montalbano ne doit son salut qu'à son inspecteur Fazio qui lui demande de les rejoindre de toute urgence, lui et son commissaire adjoint Mimi Augello, au supermarché où le vol de la recette de la veille a eu lieu et où Augello et Fazio ont bien du mal à recueillir la déposition du gérant.

Oui, vraiment, rien ne va ce jour-là pour le commissaire Montalbano et ce n'est que le début!

Car, très vite, le commissaire et son adjoint vont se retrouver mêlés de trop près au soit-disant suicide du gérant du supermarché et, pour Montalbano, le différent qu'il a eu avec le jeune homme à la BMW, qui se révèle être le fils du président de Région, prend une toute autre dimension quand la fiancée du jeune homme est retrouvée morte, assassinée, dans la maison du couple...

J'ai lu cette nouvelle enquête de mon cher commissaire, l'an dernier, dans sa version originale signé Andrea Camilleri, chez Sellerio Editore Palermo "Una voce di notte" et je me suis régalée à nouveau dans cette traduction que Serge Quadruppani a réalisée pour la parution en français chez Fleuve Noir.

Encore une fois, ce fut du bonheur de retrouver toute la verve, toute la saveur de la langue camillierienne. Les deux enquêtes auxquelles Montalbano est confronté vont finalement se rejoindre dans le sens où, pour chacune, il doit s'opposer à des hommes politiques importants et qui se considèrent au-dessus des lois qui gèrent le quotidien du commun des mortels. Ici, le commissaire se sent bien seul, lâché qu'il est par le vice-questeur qui fait tout pour protéger sa carrière et peu importe ce qu'il adviendra de Montalbano et de son équipe. 

A cela s'ajoute cette question, sournoise, qui préoccupe, de plus en plus, Montalbano : celle de son âge et l'inquiétude qu'il a de ne plus être capable de résoudre une enquête. Inquiétude, et agacement, voire énervement, renforcée par la réponse que lui fait l'inspecteur Fazio à chaque fois qu'il lui demande de faire quelque chose :"Déjà fait!", lui montrant involontairement certes que le jeune inspecteur a réagi bien plus vite que lui!

"Une voix dans l'ombre", c'est peut-être celle de la Mafia, avec qui le gérant du supermarché était en lien. C'est peut-être aussi celle qui pèse sur le commissaire quand il s'approche de trop près des hautes sphères politiques. Mais cette voix, c'est peut-être également celle que Montalbano n'hésitera pas à prendre pour qu'enfin la messe soit dite! Qui saura vraiment?

 

Une voix dans l'ombre
Une voix dans l'ombre

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