Le coeur à l'aiguille

Publié le par Martine

Le coeur à l'aiguille

Une photo de mariage qui sera, à coup sûr, réussie. Une mariée qui reste plongée dans ses propres pensées, perspectives d'un bonheur tout proche à venir ou souvenirs douloureux à évoquer, une dernière fois?

C'est sur cette image, à la fois belle et mystérieuse, que s'ouvre le premier roman de Claire Gondor "Le coeur à l'aiguille", paru chez Buchet-Chastel, collection Qui vive.

Leïla est seule dans son petit appartement parisien. Elle attend. Qui? Quoi? Elle seule le sait pour l'instant. Et elle assemble, et elle coud, des lettres écrites sur des papiers volants de qualité inégale, sur des post-it aussi. Des lettres que lui a adressées Dan, son fiancé, absent, parti on ne sait où, ni pour quelle raison, ni pourquoi. Des lettres qui sont au nombre de 56, en tout et pour tout. 56 lettres, comme autant de liens invisibles, preuves de cet amour un peu fou, brûlant, passionné, qui unit Dan à Leïla. Leîla à Dan. 56 lettres plus une, dernière. Qui tombera, à la fin, comme un couperet.

Et les jours passent, les nuits de cet été qui n'en finit pas, longues et chaudes, quasi caniculaires. Ces nuits que Leïla passe à assembler ces lettres les unes aux autres, la vingt-deuxième ici, la quinzième là, la trente-et-unième à cet endroit, tout spécialement. Et petit à petit Leïla coud une robe, sa robe de mariée, faite de papiers, assemblés selon le modèle qu'elle a dessiné. Fil noir, fil blanc en alternance. Fil noir sur fond blanc imprégné des mots de Dan.

Pour tromper cette attente, pour interrompre le fil des souvenirs, l'émotion des jours heureux liés à la rencontre des deux jeunes gens, leur installation en couple, la présentation à leurs familles, les projets à réaliser, tous ces petits riens qui font la richesse du quotidien partagé ensemble,   la vie parfois se manifeste à nouveau et s'invite chez Leïla. Par une visite chez sa tante pour se rappeler l'enfance, par celle de sa voisine, quémandeuse du talent de couturière de Leïla.

Et peu à peu, l'histoire se tisse, se révèle et s'impose. Dans sa beauté et dans son drame.

Ce roman de Claire Gondor est bouleversant par son intensité. Chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre est pesé, mesuré pour que l'essentiel soit dit et que rien ne dépasse. A l'image de cette robe de papier, le récit s'assemble et se dévoile dans son plus simple et son plus strict aspect. On vit le bonheur de Leïla et Dan dans les mots du jeune homme. On vit l'attente de Leïla dans ses gestes, dans ses attitudes, dans ses souvenirs. 

Ce roman, c'est un impact. C'est un choc. On le reçoit de face, comme un boomerang avant qu'il ne s'en retourne, une fois sa destination atteinte. Le format, court, une toute petite centaine de pages, contribue à l'intensité du récit. Pas la peine d'en faire des tonnes. La vie est ainsi. Le temps qui passe n'a qu'un aller, et surtout pas de retour. Les images sont en nous. Les faits, les événements, heureux ou malheureux, surgissent devant nous et il faut faire avec.

Porté par cette écriture forte, puissante, sensible et incisive, ce roman de Claire Gondor est une petite merveille du genre. On le savoure. On le déguste. Et, comme Leïla, on le subit. A moins que...

https://68premieresfois.wordpress.com/

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