Mariage à la mode

Publié le par Martine

Mariage à la mode

Grâce à l'enthousiasme partagé dans une interview de mon ami nouvelliste écrivain, Bertrand Runtz, je viens de découvrir la magnifique écriture de Katherine Mansfield, et, indirectement, je l'en remercie.

Née en 1888 en Nouvelle-Zélande, et décédée, très jeune, en 1923, à Avon, près de Fontainebleau, cette écrivain nouvelliste, d'origine anglaise, nous a laissé une oeuvre littéraire impressionnante de qualité et d'originalité. J'ai lu ce recueil "La garden-party" (paru en 1929 et réédité en 1983 chez Stock) d'une traite tellement j'ai été subjuguée par cette écriture claire, nette, concise et sans appel. C'est franc. C'est direct. Et surtout c'est évident. Tout est dit. Il n'y a rien à ajouter. Du grand art et une maîtrise de la nouvelle imparable.

Pour la bonne nouvelle du lundi, j'ai choisi celle-ci "Mariage à la mode" mais c'est l'ensemble du recueil qui est excellent et même bien plus encore.

Comme toutes les fins de semaine désormais, William prend le train pour relier Londres, où il travaille toute la semaine, à ce petit village de campagne où, pour plaire à la demande lancinante de son épouse, Isabelle, il a acheté une petite maison où réside à présent sa famille. Mais, de suite, on sent que ce rythme de vie lui pèse et ne lui convient pas vraiment. D'abord, comme il l'a instauré lui-même, il doit rapporter un petit cadeau à ses deux fils. Si, au départ, il s'acquittait avec bonheur de cette mission au cours de la semaine, maintenant, c'est devenue une corvée et il se contente de rapporter à ses garçons des bonbons achetés à la gare. Quoique, cette fois-ci, se remémorant leur mine dépitée de la semaine précédente, il décide de faire un effort en achetant ... des fruits!

Le voyage se passe. Au fur et à mesure qu'il se rapproche de sa destination, William sent ce poids sur ses épaules, ce sentiment d'oppression qui noue sa poitrine se faire plus présent, peser de plus en plus lourd. Mais pourquoi donc?

C'est là qu'intervient tout le talent de Katherine Mansfield. Par petites touches légères, sans en avoir l'air, on comprend alors que William a voulu faire plaisir à sa femme Isabelle qui se morfondait dans leur appartement londonien. Sur les conseils de Moira, amie d'Isabelle, William a alors décidé d'acheter cette maison dans ce petit village à la campagne, où les nouveaux amis d'Isabelle ont pris leurs aises et se retrouvent ensemble toutes les semaines, empêchant William de profiter pleinement de sa famille et de sa vie de couple. C'est simple. Il ne partage plus rien avec sa femme et ses fils. Ses derniers lui reprochent des cadeaux insipides. Son épouse est tout à l'accueil joyeux et festif qu'elle réserve à ses amis.

Alors, la mort dans l'âme et le coeur en morceaux, dans le train qui le ramène à Londres le dimanche soir, William écrit une lettre à Isabelle dans laquelle il lui fait part de sa décision de divorcer. Mais la comprendra-t-elle seulement?...

Voici un recueil de nouvelles où il ne se passe rien, du moins rien de transcendant, rien qui vaille la peine d'être écrit, si ce n'est justement ces petites choses du quotidien qui font notre vie, qui la rythment, et qui sont si importantes, primordiales pour nous. En quelques mots, en quelques phrases, Katherine Mansfield capte cet essentiel. Et c'est magnifique!

Si Cryssilda m'y autorise, je compte aussi cette lecture pour son mois anglais.

 

Mariage à la mode
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FondantGrignote 16/06/2017 08:55

je me souviens avoir beaucoup aimé le journal de k mansfield, mais je ne connais pas ses fictions

Martine 17/06/2017 16:29

Ses nouvelles sont à lire! C'est sûr! Une belle découverte pour moi