Pas ici, pas maintenant

Publié le par Martine

Pas ici, pas maintenant

Dans le cadre du mois italien et en association avec le Festival du Premier Roman qui se déroule pendant tout ce week-end à Chambéry (73), j'ai proposé aux participant(e)s de lire un premier roman, soit d'un auteur italien qui a effectivement publié son premier roman au cours des derniers mois, soit le premier roman d'un auteur italien déjà connu. Pour ma part, découvrant peu à peu l'écriture singulière d'Erri de Luca, j'ai choisi de lire son premier roman, paru sous le titre "Non ora, non qui" en 1989 chez Feltrinelli en Italie, en 1992 chez Verdier en France puis réédité chez Gallimard en 2008. Si vous parlez un peu italien, vous vous amuserez, tout comme moi, du fait que la traduction du titre ait été inversée : "Pas maintenant, pas ici". Ce qui, entre nous, ne gêne aucunement la compréhension, ni la lecture.

Dans ce premier roman donc, Erri de Luca nous emmène dans sa Naples natale, qu'il nous fait découvrir à travers l'évocation de ses souvenirs d'enfance et de vie rapportés comme une longue lettre à sa mère. Une lettre sans concessions. Une lettre assez virulente par moments. Et en même temps, une lettre tout en finesse, sensibilité, émotions et poésie.

Dans ce roman, où dominent les rencontres furtives que l'auteur croit vivre avec sa mère décédée quelques années auparavant et qu'il lui semble reconnaître dans d'autres femmes par un geste, une attitude, un regard, j'ai aimé les descriptions de Naples et de ses quartiers, de ses rues auxquelles il nous renvoie. Une femme croisée dans le bus devient prétexte à la fois à un souvenir précis, des questions, des reproches souvent et à une présentation très réelle, visuelle de l'endroit où cette rencontre furtive se passe. 

Petit à petit, au fil de ces rencontres muettes, la vie de l'auteur se déroule sous nos yeux. L'enfant devient jeune homme, puis homme. Il se marie. Puis assiste, impuissant, à la disparition de sa femme. Là encore, des non dits le ramènent à sa mère, à leur relation absente, sans tendresse, sans affection, avec toujours, pour lui, le sentiment d'être à côté, de déranger, de ne pas répondre comme il faudrait aux attentes de sa mère. A l'image aussi du père, souvent absent, souvent fuyant.

Ce qui m'a plu dans cette lecture, c'est le fait justement que ce soit le premier roman d'un auteur dont je découvre l'oeuvre, petit à petit. Même si l'écriture est belle, travaillée, forte, par rapport à d'autres romans lus d'Erri de Luca (et donc écrits plus tard), j'ai ressenti certaines faiblesses. Je ne saurai trop préciser lesquelles mais il me semble, après coup, que ce roman-ci, aussi riche et fort qu'il soit, manque un peu de la maîtrise éprouvée par ailleurs.

Ce premier roman, de toute beauté, se révèle donc riche de promesses et dévoile un talent d'écriture, qui ne fait que se confirmer au fil de l'oeuvre d'Erri de Luca. Et n'est-ce pas finalement ce qu'on attend d'un "premier" roman?...

Pas ici, pas maintenant

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Florence 21/05/2017 12:11

C'est un de mes préférés de l'auteur, même par rapport à certains de ses livres plus récents, que je trouve plus intellectuels, moins dans l'émotion (même s'ils traitent de thèmes forts). Je l'ai lu il y a déjà longtemps, sous le titre "Une fois, un jour" en Rivages poche et je l'ai relu l'année dernière pour lui consacrer un billet. J'ai aimé la poésie, l'image de la mère et la pudeur qui se dégage de l'ensemble de ces souvenirs d'enfance. Une très belle lecture.

Martine 22/05/2017 17:36

Je te rejoins complètement dans ton ressenti, chère Florence! J'ai vraiment aimé ce roman, et tout ce qu'il dégage et laisse espérer. Merci!