Marguerite

Publié le par Martine

Marguerite

Attention! Enorme coup de coeur pour ce premier roman de Jacky Durand "Marguerite" paru chez Carnets Nord et lu pour la sélection de janvier 2017 des 68 premières fois. Dès le premier chapitre "Août 1944", j'ai compris que je tenais là, entre les mains, un de ces romans qui ne manquent pas de me troubler, de m'impressionner, de m'émouvoir et de me questionner, encore et encore, en me renvoyant à mon incapacité à y apporter le plus petit début d'une réponse.

Août 1944 donc, Marguerite reste digne sous les photographies que ne manque pas de prendre celui qui ose immortaliser cette scène d'horreur, cet acte horrible, ce viol public d'une intégrité, sous la vindicte agressive de la population, assoiffée de vengeance. Sur cette place, là, en ce jour d'août 1944, Marguerite, jeune femme de presque 30 ans, est exposée, tondue, pour avoir "collaboré à l'horizontal" avec l'ennemi allemand.

Deuxième chapitre : En ce matin d'août 1939, Marguerite traîne un peu au lit dans les bras de Pierre, qu'elle vient tout juste d'épouser. Un bonheur tout simple et pourtant si grand, si présent, si essentiel. Un bonheur de courte durée cependant puisque, à peine un mois plus tard, le deuxième conflit mondial éclate et Pierre est mobilisé. Marguerite reste seule.

Alors, que s'est-il passé pendant ces cinq longues années? Comment de sa petite vie tranquille, imprégnée de ce bonheur tout neuf, Marguerite a pu en venir à susciter la vindicte populaire, à être arrêtée, humiliée ainsi, au côté de son amie Josette qui subit le même sort traumatisant? La réponse à cette question, Jacky Durand nous l'apporte au fil des chapitres suivants, déclinant ces mois, ces années de guerre, de pays occupé, de cette vie qui continue et qu'il faut bien vivre. 

Confrontée à sa solitude, Marguerite va devoir se débrouiller, pour subsister d'abord, pour survivre ensuite. Au cours de ces longs mois qui s'enchaînent les uns aux autres, Marguerite va faire des rencontres. Des bonnes et des moins bonnes, mais qui peut savoir vraiment ce qu'est une bonne rencontre quand tout est faussé, quand les normes habituelles, traditionnelles sont complètement chamboulées, bouleversées? Parmi ces rencontres, il y a d'abord Josette et Raymonde. Puis André, jeune Gitan, que la jeune femme va prendre en considération et aider, du mieux qu'elle le peut, avec ses pauvres petits moyens. Et puis il y a aussi Franz, soldat allemand qui souffre d'être éloigné de sa famille, de ses proches qui vivent de l'autre côté du Rhin et qui pâtissent également des effets désastreux de cette guerre et de ce que Hitler impose à son pays. Franz qui a une idée de l'humanité, en totale opposition avec le régime nazi instauré par le Führer. Une idée et des valeurs que Marguerite comprend et partage. 

Voilà, "Marguerite", c'est tout ça, toute cette réflexion sous-tendue, toutes ces émotions, tout ce parcours, et tellement, tellement plus encore. L'histoire de Marguerite est universelle, je pense, et c'est sans doute pour ça qu'elle nous est si proche et qu'elle nous touche autant. Et en même temps, l'histoire de Marguerite, c'est l'histoire d'une jeune femme qui grandit, se cherche encore, qui se construit et se forge. C'est l'histoire d'une femme dans l'Histoire. Une femme comme des milliers d'autres, obligée de composer avec ce qui lui est proposé et confrontée à des choix qui paraissent évidents au moment où elle les fait et qui se révèlent complètement mauvais quand la "normalité" revient...

Si je vous dis qu'en plus ce roman se lit très vite, porté par une écriture à l'aisance remarquable et d'une sensibilité maîtrisée, vous comprenez mieux pourquoi je ressens ce véritable et immense coup de coeur pour "Marguerite".

Marguerite

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