La maison au bord de la nuit

Publié le par Martine

La maison au bord de la nuit

Quand un premier roman me transporte en Italie, prend des allures de saga familiale et historique, moi, je dis OUI et je n'ai plus qu'une hâte : découvrir les romans suivants que, j'espère, Catherine Banner ne manquera pas d'écrire. Tel est, en tous cas, mon ressenti après avoir refermé ce roman, paru aux Presses de la Cité, et qui me permet d'être (un peu) dans le thème du jour pour le mois italien : "lecture d'un roman sur la Deuxième Guerre mondiale, côté italien".

Alors, certes, cette "Maison au bord de la nuit" ne se déroule pas uniquement pendant cette période mais celle-ci y occupe une bonne place, tout au moins dans la deuxième partie et le début de la troisième.

L'histoire commence à Milan, à l'orphelinat où est déposé le petit Amedeo, encore bébé. Montrant un certain goût pour les études, l'enfant est guidé vers la profession de médecin par celui qu'il considère comme son père spirituel, et tuteur, Alfredo Esposito, dont il prendra le nom, prédestiné (Esposito signifiant "abandonné"). Si le métier de médecin lui convient bien, Amedeo est aussi doué pour les histoires des uns et des autres, qu'il recueille et consigne dans son cahier rouge. Devenu jeune homme, à son retour de la Première Guerre mondiale, Amedeo cherche à s'installer comme médecin de village. Aussi c'est avec le coeur rempli d'espoir et de curiosité qu'il part s'installer sur l'île de Castellamare, pour soigner les habitants de l'unique village situé sur cette terre aride et assez sauvage au large de la Sicile.

Bel homme, Amedeo se laisse séduire par Carmela, femme délaissée du riche propriétaire terrien, il Comte, tout en étant attiré par la belle Pina, femme de l'instituteur qu'il épouse lorsque celui-ci décède. Mais lorsque Pina accouche de leur premier enfant, le médecin est appelé au secours de Carmela, également en train de donner la vie à un fils dont elle accuse publiquement Amedeo d'être le père. Cette calomnie met un terme à l'exercice de sa profession par le médecin qui, pour rester sur l'île et auprès de sa femme Pina, qui a fini par lui pardonner cette trahison, décide de devenir patron du café au Bord de la nuit, établissement abandonné par son ancien propriétaire, qu'il rachète, et auquel il redonne vie en y installant sa famille.

Les années passent. Mussolini accède au pouvoir. Et les habitants de Castellamare subissent l'engagement fasciste notoire du Comte et de ses sbires, mais aussi celui de certains d'entre eux, dont les deux fils aînés d'Amedeo. Partis combattre en Afrique ainsi que leur frère cadet, c'est Maria-Grazia, dite Mariuzza, fille "boiteuse" du médecin et de son épouse qui reprend les rênes du café au Bord de la nuit, quand, accablés par la douleur, Amedeo et Pina apprennent les décès quasi simultanés de leurs trois fils. Malgré les privations et le manque de presque toutes les matières premières nécessaires à la tenue du café, Maria-Grazia relève ce challenge avec force et courage, n'hésitant pas par ailleurs à accueillir sous le toit de la Maison au Bord de la nuit, Robert, officier anglais échoué sur l'île après le naufrage de son escadrille. Mais alors qu'une tendre relation s'installe entre les deux jeunes gens, Robert doit rejoindre une unité militaire en Sicile qui le rapatriera en Angleterre pour y être soigné. La guerre se termine. Alors que certains jeunes reviennent au pays, que certains règlements de compte se font jour, Maria-Grazia attend désespérément le retour de son bien-aimé, encouragée en cela par Amedeo et Pina qui se sont pris d'amitié pour le jeune homme.

Aussi, quand Andrea, fils unique du Comte et de Carmela, revenu sur l'île, commence à s'intéresser à elle, Maria-Grazia hésite, voudrait bien peut-être répondre favorablement à ses avances, ayant fait son deuil du retour possible de Robert. Mais c'est compter sans l'opposition nette d'Amedeo qui craint par-dessus tout qu'Andrea soit bel et bien son fils finalement et cela malgré les dénégations tardives de Carmela qui "sent" au fond d'elle qu'il est bien le fils du Comte...

Je ne vous en dirai pas plus sur cette saga foisonnante qui couvre trois générations d'Esposito. Je m'attacherai plutôt à souligner la qualité d'écriture dont fait preuve Catherine Banner, les détails et les anecdotes remplies de ce patois italien savoureux (signes ici d'une recherche richement documentée), la qualité de la narration des événements qui se succèdent au cours de l'histoire et reliés à la grande Histoire. Des situations, des ressentis, des émotions qui font que, de quelque côté que l'on se trouve, une guerre reste toujours tragique et durement vécue par les petites gens, ceux qui la vivent au quotidien et qui doivent faire avec leurs gouvernants. Il n'y a pas de bons et de mauvais. Il y a simplement des personnes qui aiment, qui souffrent, qui espèrent, qui oeuvrent en leur âme et conscience. Des personnes qui, par le simple fait de leur naissance, de leur héritage familial et géographique, vivent et meurent sur le sol qu'ils ont toujours connu, auquel ils sont forcément attachés puisque ce sol est celui de leurs origines et celui où eux aussi vivent et transmettent la vie.

Ce roman, cette belle et magnifique saga italienne, ancrée dans cette petite île du Sud est véritablement ce que j'appelle un roman de terroir, de cette terre dont on est fier, qui nous voit naître et grandir, de cette terre pour laquelle on se bat, qu'on n'échangerait pour rien au monde et vers laquelle, s'il nous arrive de la quitter, on revient toujours.

Avec une sensibilité à fleur de peau et un talent d'écriture remarquable, c'est tout ceci que Catherine Banner nous fait ressentir. Et c'est beau. Vraiment beau et passionnant. Et j'en redemande.

 

 

 

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