Deux

Publié le par Martine

Deux

Deux, c'est le nombre de bonnes nouvelles que je partage aujourd'hui et qui me permettent de rattraper mon "oubli" de ce samedi puisqu'il s'agit ici de deux nouvelles écrites par des auteurEs italiennes que je ne connaissais pas, Antonella Silento et Marta Morazzoni, et parues dans le très beau recueil, édité chez Don Quichotte, "Ce qu'ils font est juste", le 18 mai prochain.

Sous-titré "Ils mettent la solidarité et l'hospitalité à l'honneur", cet ouvrage auquel ont participé 27 auteurs et/ou illustrateurs, a tout pour me plaire et me conforter dans des avis et décisions déjà adoptés. Je l'ai lu hier en attendant (non sans angoisse) les résultats de notre élection présidentielle. Il est tellement beau, tellement émouvant, tellement vrai, tellement efficace que je reviendrai vous en parler plus en détail très bientôt.

Pour ce lundi, je me "contente" de mettre en avant ces deux nouvelles qui parlent à notre coeur avant tout mais aussi (et surtout) à nos valeurs morales.

"La vérité est un mystère", signée Antonella Silento, nous emmène à Naples, au temps où l'Italie n'existait pas encore en tant que telle et où toute cette région sud était placée sous la coupe d'Isabelle d'Espagne, la Catholique. Ce jour-là, on assiste aux funérailles en pleine mer de Salé, jeune femme Mauresque sur le point d'accoucher. Marittiella, couturière qui habille les défunts, et le Maestro Giuseppe Astarita qui l'accompagnent pour ce dernier voyage ne cachent pas leur émotion, ni, pour Astarita, ses interrogations. Comment peut-on enfouir ainsi une femme, jeune et robuste, prête à enfanter? Et pourquoi a-t-elle été tuée, puisque sa mort relève bel et bien d'un assassinat? Qui donc a pu attenter à la vie de cette femme, arrivée quelques temps plus tôt comme esclave, fers et chaînes aux poignets, et que le Maestro, saisi par son regard, a accueilli chez lui en tant qu'invitée? Bien sûr cet accueil en sa demeure a suscité les quolibets, les ricanements, les moqueries de la part de ses concitoyens. Car un homme seul ne peut recevoir chez lui qu'une putain ou une esclave, jamais, en aucun cas, une invitée, qui plus est, une invitée noire! Mais le Maestro a pris la peine de s'assurer l'accord du vice-roi pour accueillir Salé sous son toit. Alors qui est passé outre cette autorisation? Qui est entré chez lui pour poignarder lâchement la jeune femme pendant son sommeil?

C'est par une écriture lumineuse et éclatante que l'auteurE nous dévoile les tenants et les aboutissants de cette nouvelle, mettant à jour des rivalités, des complots, des attitudes particulièrement mesquines et, par-dessus tout, une jalousie bassement matérielle. Ce texte est vraiment beau, porté par cette lumière qui à la fois l'éclaire dans tout son abject et sa cruauté et l'illumine par la dignité et l'honneur rendus à Salé.

Avec la deuxième nouvelle "L'île de la Souris", Marta Morazzoni nous ramène encore plus loin dans le temps puisqu'elle nous transporte au temps des Dieux, sur cet îlot de forme allongée situé dans le golfe de Corcyre, entre la Grèce et l'Italie. Là un naufragé, Odysseus, vient de s'échouer et d'être recueilli par la princesse Nausicaa qui l'emmène dans le palais de son père, Alcinoos, roi de Schéria, l'île heureuse. Bien que craignant la colère de Poséidon, avide de vengeance depuis qu'Athéna, qui veille sur Nausicaa, a crevé les yeux de son fils, Alcinoos prend en considération la demande en mariage de sa fille émise par Odysseus. Mais, contre toute attente, la jeune fille la refuse. Comment pourrait-elle, elle si jeune, si belle, épouser cet homme qui, malgré une certaine prestance retrouvée, a le même âge que son père? 

Odysseus doit repartir. Alcinoos lui affrète un bateau et lui confie même ses hommes pour accompagner son retour. Mais Poséidon passe outre la demande de mansuétude imposée par Zeus. Et une fois Odysseus en sécurité sur ses terres, c'est à l'équipage qu'il s'en prend pour punir Alcinoos et, à travers lui, Nausicaa, rendant désormais leur île interdite de tout accès... sauf aux souris.

Outre le fait de nous ramener en ces temps très anciens où les Dieux jouaient avec la vie et les destins des hommes sur Terre, j'ai aimé cette nouvelle pour ce qu'elle nous montre des émotions, des ressentis, des attitudes, des actes exprimés sur terre et plus haut, bien plus haut. Autant de comportements et de pensées toujours d'actualité, qui posent question et auxquels, en cette année 2017, on n'a toujours aucune réponse à apporter, l'âme humaine et les relations des uns envers les autres restant toujours le même mystère.

Petit bonus supplémentaire : Antonella Cilento est l'auteur de "Rosario ou le plaisir infini des femmes" dont on a parlé cet hiver sur la blogosphère littéraire et que j'ai très envie de lire à présent.

 

 

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