Les pêcheurs

Publié le par Martine

Les pêcheurs

Cinquième lecture pour le Prix littéraire de La Passerelle, ce premier roman de Chigozie Obioma, paru aux éditions de l'Olivier me laisse un avis partagé.

D'une part, j'ai aimé le style, l'écriture de l'auteur, ses descriptions, cette présentation "extra" ordinaire qu'il nous fait de son Nigéria natal, les croyances qu'il nous dévoile et qui peuplent et rythment encore trop la vie des Nigérians, l'histoire de ces quatre frères confrontés à un mauvais sort et ce qu'ils vont mettre en oeuvre (ou pas) pour le conjurer. J'ai apprécié tout ça..

Mais d'autre part, et justement sans doute, à cause de ces croyances d'un autre temps, j'ai eu un peu de mal à me laisser porter par ce récit, ses extravagances, ses errances et cette mise en perspective, un peu hors du temps, hors terre, hors sol, qui fait qu'on entre alors dans un monde qui ne ressemble plus à celui qu'on a imaginé quelques pages auparavant et qui, pourtant, reste bien toujours le même.

Cette histoire, c'est celle de ces quatre frères, Ikenna, Boja, Obembe et Ben, qui vivent dans une petite ville du Nigéria au milieu des années 1990. Loin des tumultes (en particulier politiques) tristement actuels, à l'écart des émeutes qui font trembler le pays, ils vivent du produit de leur pêche dont ils remettent chaque pièce gagnée à leurs parents. Pourquoi, ce jour-là, changent-ils leur parcours? Pourquoi décident-ils d'aller sur le fleuve maudit d'Omi-Ala? Et surtout pourquoi écoutent-ils le sorcier, Abulu le fou (dont la réputation n'est vraiment pas usurpée)? Pourquoi ne passent-ils pas leur chemin lorsque celui- ci, dans un accès de rage, de colère, de contrariété ou simplement de folie, hurle le nom du frère aîné, Ikenna, au moment-même où un avion traverse le ciel, les empêchant dès lors d'entendre ces mots qu'Abulu le fou leur jette à la figure et leur faisant supposer la plus terrible des malédictions?

De ces mots pas tout à fait entendus, pas vraiment compris, la vie de la famille va désormais dépendre. Car on n'échappe pas à un mauvais sort. On le subit. 

Et de fait, la mère des quatre garçons perd peu à peu la tête. Leur père qui rêvait d'un bel avenir pour ses fils et en particulier pour l'aîné perd ses illusions, se laisse dépérir. Et ces jeunes garçons aussi, tour à tour, se laissent dominer par cette prophétie. Leurs vies ne leur appartiennent plus. Elles sont désormais entre les mains d'Abulu. Et la pêche, qui les a nourris jusqu'à présent, qui les a fait vivre, pourrait bien alors représenter ce qui va les perdre définitivement...

Un roman prenant... si on s'y laisse prendre. 

Les pêcheurs
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