Les mains lâchées

Publié le par Martine

Les mains lâchées

Puisque ce week-end sera très "68", c'est de ce superbe premier roman d'Anaïs Llobet, paru chez Plon, que je vous entretiens aujourd'hui.

Superbe pour son écriture, toute en finesse, délicatesse, sensibilité, et néanmoins criante, hurlante même d'authenticité et de réalité. Une écriture sincère et forte qui émeut et interroge, nous pose une question, dont ni l'auteur, ni moi, ni vous très certainement, n'avons la réponse. Que faire en effet quand on se trouve confronté à une nature déchaînée, devenue folle et indomptable tout à coup? Comment réagir? En pensant d'abord à soi, à sauver sa peau, comme le font Madel et tous ses compagnons de malheur lorsque survient le typhon meurtrier Yolanda en novembre 2013 à Tacloban aux Philippines? 

Comme le chantait Balavoine il y a plus de 30 ans "Je ne suis pas un héros". Madel non plus, les autres survivants, non plus. Là où on le devient, par contre, c'est quand on arrive à accepter qu'on n'en est pas un et qu'on doit continuer de vivre en le sachant.

Madel est journaliste, en poste aux Philippines où elle vit avec son compagnon Jan et l'enfant de celui-ci. Quand ce funeste jour arrive, Madel est avec lui, justement, cet enfant que Jan lui a confié momentanément, qui lui donne la main avec toute sa confiance d'enfant. Cette main qu'elle va lâcher, malgré elle, parce que, dans une situation aussi terrible et terrifiante que celle-ci, l'instinct de survie s'attache d'abord à soi. Quand on est balayé, emporté, désespérément, on ne lutte que pour soi, pour sa survie.

Ce roman, c'est l'avant, le pendant et l'après Yolanda. La vie rythmée par le travail et les petits bonheurs familiaux du quotidien, l'horreur du typhon, toutes ces personnes emportées, disparues pour toujours; et puis le retour à la vie, à cette horrible réalité avec ces paysages de désolation, ces visions cauchemardesques, cette situation catastrophique dont Madel doit aussi rendre compte de par son métier de journaliste. Et tous ces questionnements, toutes ces interrogations personnelles pour lesquelles il n'existe aucune réponse sensée, cohérente, acceptable. 

Ce roman, c'est le jour et la nuit, le yin et le yang, l'un et l'autre, l'un utile à l'autre, l'un complémentaire à l'autre, et la capacité à l'admettre, à vivre avec. Même, et surtout, quand c'est impossible. Ces "Mains lâchées" s'imprègnent alors en nous, vivent avec nous et font partie de nous.

Un magnifique premier roman, sensible et percutant, que j'ai lu par petites touches car trop fort, trop "tout" pour être lu d'une traite.

J'adresse un immense merci à Charlotte, Nicole et Eglantine pour cette lecture absolument époustouflante proposée dans la sélection de rentrée des 68 premières fois

 

Les mains lâchées

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Manika 08/12/2016 11:49

Une claque comme on les aime

Martine 08/12/2016 19:34

Comme j'aime en lire de temps en temps, OUI! :-)