Anguille sous roche

Publié le par Martine

Anguille sous roche

Au rayon des titres qui interpellent, ce premier roman de Ali Zamir (éditions Le Tripode) figure en bonne place. En premier lieu parce que ce nom d'Anguille sous roche est également celui du festival du polar organisé par l'association éponyme à Saillans (26) et qu'il est synonyme, pour moi, de belles rencontres entre passionnés de littératures noires. Puis parce que, associé à sa couverture, il n'en finissait pas de m'intriguer. Où allait m'emporter cette spirale interminable?

Pour le savoir, j'ai lu ce roman. Ou plutôt je l'ai subi. Comme de regarder quelqu'un qui tombe, qui s'enfonce, se noie, et de rester là, impuissant, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour l'aider à revenir, à remonter à la surface, à reprendre pied. Ce sentiment terrible d'impuissance et de fatalité m'a accompagnée tout au long de ma lecture et pourtant je suis heureuse d'être arrivée au bout de ces quelque 300 pages et d'avoir lu ainsi un texte d'une force inouïe et d'une grande beauté. 

Anguille, c'est le prénom de cette jeune Comorienne, plongée en pleine mer, qui se noie sans que rien, ni personne ne puisse l'en empêcher, et qui revit ce qui l'a tenue en vie pendant les quelques années de son existence. Tour à tour, ou en même temps, apparaissent ainsi Crotale, sa soeur jumelle, Connait-Tout, son père, Vorace, son amant. Sans oublier Tranquille... Des noms évocateurs qui résonnent comme autant de traits de caractère. Elle, Anguille, se faufile, nous glisse entre les mains, se cache pour mieux réapparaître, un peu plus loin, ou tout près, on ne sait pas où on va la retrouver, et surtout si on va la retrouver, la revoir. Et c'est cette attente, ce jeu avec le lecteur, cette partie de cache-cache qui se déroule malgré nous qui m'a le plus bluffée dans ce roman. 

En plus de sa construction. Une longue, longue phrase qui s'étire, s'essouffle, reprend, se pose, repart de plus belle. Des virgules succèdent aux virgules. De temps en temps un point-virgule. Mais de point, jamais. Comme si l'auteur, ou plutôt Anguille, voulait tout nous dire dans son dernier souffle avant de disparaître définitivement. Comme une ultime confession.

Ce texte est beau, dérangeant certes, mais beau, vraiment.

Je ne le qualifierai pas de coup de coeur, au sens où je l'entends habituellement, mais j'en admire l'écriture, la sensibilité et le rythme. 

Un roman à lire, et un auteur à suivre. J'en remercie les 68 premières fois.

Anguille sous roche
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