La passerelle du hasard

Publié le par Martine

La passerelle du hasard

Il est toujours un peu difficile de présenter un recueil de nouvelles, et encore plus quand il nous a particulièrement plu. Par quelle nouvelle commencer? Faut-il parler de toutes? Et si non, sur quels critères baser sa sélection?

Je vais donc tout d'abord vous dire que ce recueil "La passerelle du hasard" est né sous la plume aguerrie de Désirée Boillot, qu'il vient de paraître chez Zonaires Editions et que l'auteur nous y offre dix nouvelles d'une très grande qualité littéraire, sensibles, troublantes, dont l'humour est loin d'être absent, et qui, chacune dans son style, chacune dans son sujet, y révèle des situations d'aujourd'hui, des drames de la solitude, mais aussi des petites espiègleries, des petites mesquineries, qui soulagent ou, pour le moins, permettent de s'accorder avec la vie ou l'humeur du jour.

Prenez par exemple ma préférée (parce que, oui, j'ai une préférée!) "A l'autre bout du banc". Cette femme, qu'on devine d'un certain âge, qui aime l'automne, va-t-elle finalement accepter de partager son banc, celui sur lequel elle aimerait tant apposer son nom pour qu'il soit sien et qu'elle n'ait pas à le partager justement? Difficile quand on a pris certaines habitudes, érigées par une solitude que la vie nous a imposée. Difficile en effet d'accepter que d'autres, un autre, se trouve dans une solitude similaire et ait choisi ce même banc, peut-être pour des raisons identiques... ou pas.

Difficile, ça l'est tout autant et sûrement davantage, quand il s'agit de faire son deuil d'une mère qui a tout donné pour sa carrière, sa célébrité, une mère absente forcément. Comment parvenir à pardonner tous ces manquements qui ont fait qu'on s'est construit toute seule? Comment accepter qu'on ne pourra plus revenir en arrière, que ce qui est passé s'est passé, qu'il n'y aura pas de deuxième chance? Peut-être, tout simplement, en parlant, en disant, en évoquant quand même ce lien, cette parenté, ces racines qui sont ce qu'elles sont mais qui sont les nôtres et en les transmettant à notre tour, du mieux qu'on peut, comme une passerelle. Du hasard?... (nouvelle éponyme)

Et puis, sourire de cet homme qui se pare d'une moustache éloquente, l'entretient avec le plus grand soin, l'adapte à toutes les situations. Sourire de ce "pacte" passé avec Céline, le jour de leur mariage : jamais elle ne lui demandera de la couper, sa moustache. Mais un pacte n'est-il pas fait pour être rompu? Avec toutes les conséquences que cela peut entraîner bien sûr. Et ne plus sourire... (Porte-bonheur)

Sourire encore de cet homme (encore un!) qui fait le rêve prémonitoire de gagner au loto, qui mémorise tous les numéros gagnants, les joue et attend le résultat avec une impatience difficilement contrôlable, commençant à douter, notamment du dernier numéro. Quelle revanche ce serait en effet que de pouvoir partir loin de sa famille, de son fils qui n'a plus aucun respect pour lui, malgré cette maladie qui le condamne à court terme. Quel beau cadeau, il offrira ainsi à sa maîtresse, Martine. Mais pourquoi donc n'arrive-t-il plus à se souvenir de ce dernier numéro?!! (Absence)

Sourire cette fois avec Oriane qui, non seulement doit subir les commentaires et réflexions désobligeantes d'une belle-mère toute imprégnée de sa pseudo autorité, mais également ceux sarcastiques et de plus en plus méchants, de son mari Jérémie, pour qui elle est très loin d'arriver ne serait-ce qu'à la cheville de sa mère. Rien n'est trop beau, trop parfait pour Madame sa mère. Mais la patience et la docilité ont des limites que Jérémie ferait bien de ne pas franchir... (Saturday Night Fever)

Voilà. Je n'en dirai pas plus sur cet excellent recueil. Je ne vous dirai rien sur "Et peut-être rêver", "Le lustre", "Le roi du macadam", "Accident de parcours" et "Regard volé". Non pas parce que ces nouvelles ne le méritent pas, bien au contraire! Mais parce que je préfère que vous les lisiez vous aussi, que vous vous en appréciiez chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chaque contenu, que vous partagiez également toutes ces émotions, qui vont du sourire aux larmes, et que Désirée Boillot sait si bien valoriser. L'écriture de ces nouvelles révèlent une maîtrise parfaite de ce genre littéraire. Tout a l'air de couler de source et c'est bien là qu'on en ressent toute la qualité. Car nous savons bien justement, vous et moi, que rien ne va jamais de soi et qu'il faut un sacré talent pour nous laisser penser que c'est possible, que tout peut arriver. Dans un sens, comme dans l'autre.

 

 

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Binchy 11/11/2016 20:03

Juste un petit coucou Martine, je reviens lire plus tard. Dans un premier temps, je te souhaite un agréable week-end.
Bisous.
Bernadette.

Martine 12/11/2016 09:41

Merci Bernadette! Je te souhaite aussi un très bon week-end! Gros bisous

Manika 11/11/2016 17:25

J'aime beaucoup les nouvelles mais il est bien rare que toutes me plaisent. je note donc

Martine 12/11/2016 09:40

Merci Manika! Je pense que tu apprécieras ces très bonnes nouvelles! :-)