Toutes ces choses à te dire

Publié le par Martine

Toutes ces choses à te dire

Il en a des choses à dire, Ettore, en cette année 2003, à sa petite fille, Ange, qui vit en Russie. Et le temps presse pour lui les dire, lui qui a 90 ans bien sonnés et que sa chère épouse Lucie vient de trouver inanimé dans son atelier. Son cœur n'en peut plus de vivre. Il est fatigué. Il veut se reposer. Définitivement. Mais avant de pousser son dernier soupir, Ettore, Hector dans son prénom francisé, veut dire, veut demander une dernière chose à Ange. Et alors il pourra partir, apaisé. Les jours, les heures mêmes d'Ettore sont désormais comptées.

Retour sur images. Dimanche 28 juin 1914. Le monde ne le sait pas encore. Mais en ce jour de liesse à Sarajevo, le double assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du royaume d'Autriche-Hongrie, et de son épouse, la duchesse de Hohenberg, va signer le début du Premier Conflit mondial du XXe siècle.

1916, Victor-Emmanuel, roi d'Italie, entrée en guerre l'année précédente, se rapproche de plus en plus de Gorizia, ville Slovène à proximité immédiate de Trieste et située sur un territoire âprement convoité par les Italiens. C'est là que vivent Ettore, 6 ans, sa mère Pierina, et son petit frère, Nello, de deux ans son cadet. Sous les bombardements quasi quotidiens, la petite famille tente de survivre.

En cette même année 1916, en France, à Saint-Ouen-les-Parey, dans les Vosges, naît Lucie, première fille, après déjà trois garçons, de Marthe et d'Eugène, parti combattre dans les tranchées. Si Marthe est sérieuse, travailleuse et dévouée, ce n'est pas le cas d'Eugène, fainéant, ivrogne, violent, et "engrossant" sa femme à chaque permission.

Lucie et Ettore ne le savent pas encore mais leurs destins seront inévitablement scellés le dimanche 5 juillet 1931 lorsqu'ils se rencontreront dans la pâtisserie où travaille Lucie et qu'ils tomberont immédiatement sous le charme l'un de l'autre.

Mais au cours des 15 années précédentes, ils auront vécu la guerre, la reconstruction pour Lucie, les humiliations par les Italiens, dues à son statut de Slovène, la montée du fascisme et les exactions des Chemises noires, l'exil en France pour Ettore, devenu Hector par force de volonté mais gardant toujours au cœur l'espoir, ténu certes, de revoir sa famille et de découvrir enfin qui est son père.

Suivront ensuite leur mariage et surtout la Deuxième Guerre mondiale et la haine de l'étranger qui l'accompagne et à laquelle Ettore ne pourra pas échapper...

Comment commencer une nouvelle lecture et ne pas pouvoir la lâcher tant qu'on n'est pas arrivé à la dernière page? Tel est le défi que nous lance Frédérique Volot, pour le compte de la collection Terres de France des Presses de la Cité, avec ce récit poignant, passionnant, bouleversant. Un récit de vie intense qui nous prend dès les premières lignes et nous captive tout du long. L'Histoire parallèle de l'Italie et de la France au cours de ce siècle marqué par ces deux guerres mondiales. L'Histoire en particulier de cette région du Nord-Est de l'Italie et celle des Vosges et de Nancy en France. Les conditions de vie, les paysages, des descriptions, tout respire l'authenticité et s'appuie sur des recherches patientes et minutieuses. Les caractères des personnages sonnent vrai à nos oreilles et sous nos yeux. L'empathie (ou le dégoût) s'emparent de nous. On s'émeut ou on enrage. En tous les cas, on vibre. On vit au rythme des situations, des événements auxquels on assiste par cette magnifique lecture.

L'écriture complice et confiante de Frédérique Volot y contribuent bien sûr. Ses mots nous prennent, nous emportent et nous émeuvent. Même si le récit reste du domaine du roman, on sait, on sent toute la souffrance, on partage les joies et les bonheurs, la vie de ces personnages. L'amour de la musique, qu'Ettore porte à son violon, on le ressent aussi, on l'éprouve. Et c'est magique.

Et la tranquillité, l'espoir et la paix qu'Ettore appelle de toutes ses forces restantes nous apaise également. Et on referme ce beau roman, un sourire au bord des lèvres et une larme de joie glissant sur sa joue.

Commenter cet article