Nuit de septembre

Publié le par Martine

Nuit de septembre

Le moins qu'on puisse dire, c'est que je n'avais absolument pas prévu de lire cet ouvrage signé Angélique Villeneuve pour les éditions Grasset. Vraiment pas prévu, non, parce que ce livre me faisait peur, très peur et que je craignais par-dessus tout qu'il me submerge, me déstabilise et m'impressionne trop. Et puis, samedi soir, j'ai commencé le livre témoignage de Janine Boissard et sa lecture, terminée hier après-midi, m'a imposée celle-ci comme une évidence. J'étais enfin prête.

Une nuit de septembre 2014, le fils d'Angélique Villeneuve s'est suicidé en se pendant dans sa chambre, faisant en sorte que ses parents le découvrant le lendemain matin seulement ne puissent rien faire d'autre qu'accepter sa bouleversante décision.

Malgré sa douce couverture jaune et le vert tendre de son bandeau, ce livre a de quoi freiner tout élan de lecture, ne serait-ce déjà que par ce qui est mentionné sur le-dit bandeau "Orpheline d'enfant, ça ne se dit pas. Rien dans la langue française ne dit ce que tu es." Et de fait, force est pour nous d'accepter cette affirmation. Force est pour l'auteur Angélique Villeneuve de l'accepter également. Aucun mot en français n'existe dans notre dictionnaire. Alors comment faire pour se présenter désormais? Comment faire pour dire cet indicible? Comment nommer ce poids qui l'habite?

Il y a d'abord le fait de ne plus savoir dire combien d'enfants elle a à présent. Seulement ses deux filles, bien vivantes, elles. Ou encore trois, en continuant d'inclure dans ce nombre, ce fils disparu, effacé. Mais effacé pour qui? Certes il n'est plus là. Pourtant il a vécu pendant 21 ans. Il a vécu en elle, avec elle, au sein de cette famille qu'elle a créée avec son mari. Cette présence, devenue absence par la seule volonté de son fils, est toujours là, en elle, dans un objet, dans une pensée, dans un regard, dans une attention, dans ces arbres, ces platanes, si grands, aux branches déployées, si chers à son cœur, à son équilibre, dont elle aime éprouver la vitalité, la sève comme elle entretient ce fil, ténu mais incassable, qui la relie toujours à son fils.

Et puis il y a ce "tu" employé de bout en bout de ce récit. Pas "je" pour elle, pas "il" pour lui. Mais "tu" pour elle comme pour lui, et comme pour nous, lecteurs, qui devenons ainsi partie prenante de ce long monologue. Un "tu" qui nous englobe, qui nous inclut et qui nous fait du bien, nous apaise et nous rassérène. Un "tu" qui nous fait prendre conscience comme une évidence que la vie continue, malgré tout, et qu'elle doit être vécue non pas comme une reconstruction, nous dit l'auteur, car "pour reconstruire, il faut d'abord qu'il y ait eu destruction" mais comme un apprentissage, lent et douloureux certes, et cependant en même temps inévitable. Un apprentissage nécessaire pour avancer encore, continuer son cheminement, accepter toutes ces premières fois sans, pour grandir, regarder vers le ciel, ou tout au moins relever la tête, tendre les bras le plus haut possible vers cette petite lumière, comme le font ses chers platanes.

Loin de tomber dans les clichés, une sensiblerie larmoyante, un apitoiement centré sur soi, Angélique Villeneuve nous fait partager un texte lumineux, flamboyant, sensible, pudique, porté d'espérance et d'une beauté rare. Un texte qui nous stabilise et fait aimer la vie.

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angélique villeneuve 20/09/2016 08:41

Merci Martine, de cette lecture
Comme je suis touchée lorsque des lectrices, des lecteurs, sautent enfin le pas...
Et j'ai beaucoup de chance d'être lue avec tant de sensibilité. Merci encore!
Angélique

Martine 21/09/2016 07:51

Ce livre est magnifique de vie! Une grand leçon! Merci Angélique!

Yueyin 20/09/2016 07:25

Un peu trop pour moi mais beau billet :-)

Martine 20/09/2016 08:00

Je te comprends, Laurence. J'ai moi-même mis six mois avant de le lire...
Merci!

Manika 19/09/2016 22:00

J'avais beaucoup aimé "Camile mon envolée " celui ci devrait me plaire aussi

Martine 21/09/2016 07:54

Non, ils sont vraiment différents. Autant Camille est dans le vécu, le maintenant, autant Nuit de septembre est dans l'après, vivre après un tel drame. Comme quoi ce même sujet très sensible et douloureux peut s'aborder de plusieurs façons et être toujours traités de si belle manière. C'est la littérature qui nous offre ceci. Profitons--en!

Manika 20/09/2016 09:37

Ils se complètent ?

Martine 20/09/2016 08:00

J'ai lu aussi "Camille, mon envolée". Mais "Nuit de septembre" est très différent. Dans l'après. Merci Manika!

Philippe D 19/09/2016 21:11

Pas pour moi, pas pour l'instant en tout cas !

Martine 20/09/2016 08:00

Je comprends. Merci Philippe!

Alysa Morgon 19/09/2016 15:45

Très très belle chronique, chère Martine, autour d'un sujet, ô combien difficile ! Pour un très beau livre qui est loin d'apporter les émotions convenues et supposées. Grasset ne s'est pas trompé ! Une semaine qui commence sous le signe de l'émotion ! Merci d'avoir partagé le tout avec nous. Belle journée, aujourd'hui ici, sous un magnifique soleil ! Je vous embrasse, à bientôt...

Martine 20/09/2016 08:03

Oui, chère Alysa, un sujet sensible et bouleversant, admirablement traité. Tout dans l'émotion de l'après. Un bel hymne à la vie.
Merci pour vos mots qui me touchent toujours et m'encouragent à partager encore mes transports de lecture! Je vous souhaite une très belle journée, Alysa, et je vous embrasse