Les égarés

Publié le par Martine

Les égarés

J'ai eu le plaisir de lire sa première nouvelle publiée chez Ska Editeur numérique "La carapace de la tortue" et j'étais restée admirative de la qualité d'écriture d'Aline Baudu et de sa maîtrise de ce genre littéraire réputé difficile.

Cette fois-ci, c'est avec ce recueil de deux nouvelles "Les égarés" que j'ai à nouveau eu la chance de l'apprécier et mon opinion s'en trouve confirmée.

Deux nouvelles "Le sable de Djerrah" et "Déraillement" sont réunies ici dans la collection Noire Sœur, la bien nommée. Car, noires, ces nouvelles le sont, assurément. Par l'ambiance qu'y crée Aline Baudu, par l'atmosphère troublante dont elle les enveloppe et surtout par les mots choisis qu'elle y pose et qui démontrent une superbe et sensible qualité d'écriture. J'insiste.

Dans la première, Le sable de Djerrah, nous sommes dans une ferme au début des années 1960. La famille vit de ses terres et de ses élevages. D'ailleurs, ce jour-là, il y a du lapin à manger. Du lapin, tout juste retiré du clapier, que la mère assomme avant de le transpercer d'un coup de couteau habile et de le dépecer devant les yeux habitués de sa cadette, Francette. Ce qui ne la dérange pas outre mesure mais qui tourmente bien davantage son frère aîné, Jean, revenu d'Algérie, de ses événements qu'on ne nomme pas encore guerre, et de ses horreurs.

Depuis son retour, le jeune homme ne parle plus. Pas de mots pour dire. Un silence, un retrait en lui qui agace, que nul ne peut seulement envisager et encore moins comprendre sauf, peut-être, Francette...

Cette nouvelle m'a fait froid dans le dos. La scène du lapin, surtout, qui m'a rappelé des souvenirs d'enfance que je gardais bien cachés au fond de moi. Des souvenirs de partage avec ma chère grand-mère qui font qu'aujourd'hui encore je ne mange toujours pas de lapin.

Mais au-delà de ces ressentis personnels, il y a le style, ces mots qui percutent, qui choquent, qui touchent, qui émeuvent et qui, je le redis, démontrent un beau talent d'écriture et de maîtrise du genre.

La deuxième nouvelle "Déraillement" est un peu plus légère. Quoi que... Un couple, mal assorti. Lui, un peu mauvais garçon, avec ses habitudes de déjà vieux célibataire, passant d'une fille à l'autre pour rassasier ses besoins naturels, se contentant de peu pour vivre. Elle, nettement plus classe. Une bonne éducation. Une belle situation financière. Belle et sûre d'elle, directive. Deux êtres que tout oppose et qui, pourtant, s'aiment. Enfin.... c'est ce que lui pense même si, depuis qu'ils passent leurs vacances à parcourir la France en vélo (une proposition d'elle qu'il n'a pu qu'accepter), des idées de meurtre lui traversent de plus en plus la tête!

Là encore, une histoire bien construite, du début à la fin. Une histoire qui retient toute notre attention, nous interroge, nous alarme et nous fait sourire jusqu'à cette chute (sans jeu de mots!) qu'on ne voit pas venir et que je ne vous dirai pas. Bien sûr!...

Car, pour 1,99 €, il n'y a vraiment pas de quoi se priver de ces deux belles lectures, différentes de registre mais ô combien excellentes.

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