Je partirai pour les terres lointaines

Publié le par Martine

Je partirai pour les terres lointaines

Fidèle lectrice de Paul Couturiau, je n'ai de cesse que de lire, l'un après l'autre, chacun de ses romans, chacune de ses œuvres puisque, à mes yeux, chaque roman de Paul Couturiau en constitue une et celui-ci "Je partirai pour les terres lointaines", paru aux éditions Jourdan au printemps dernier, en est une, magistrale, voire même majeure.

C'est par la voix de Marie, jeune femme de 17 ans, abandonnée à sa naissance, menant une vie de misère en offrant son corps contre un peu d'argent, que l'on fait la rencontre de Philippe Daudet, jeune garçon d'une quinzaine d'années en fugue, en ce vendredi 23 novembre 1923.

Daudet, de suite on pense à Alphonse, l'écrivain à qui l'ont doit les fameuses "Lettres de mon moulin" que l'on a tous, peu ou prou, étudié en classe. Et de fait, Philippe est le petit-fils de l'écrivain, Daudet, cause de son malheur. Et il est aussi le fils de Léon Daudet, également écrivain mais surtout journaliste et homme politique virulent et très actif, tout comme son épouse et mère de Philippe, Marthe, au sein de L'Action française, mouvement et journal tristement connu pour ses engagements d'Extrême-Droite.

Élevé dans cet esprit de différence, de suprématie et de haine de l'autre, Philippe, à presque 15 ans, ne comprend pas, n'adhère pas et s'oppose à cette idéologie. Il n'a qu'un rêve : partir loin, très loin, le Grand Nord, le Canada, l'Alaska peut-être, en tous les cas un endroit où son nom sera inconnu. Mais comment atteindre cet espace, ce "paradis" quand on n'a que 15 ans?

Cette histoire, c'est Marie qui nous la raconte, qui nous la confie, dans une volonté d'honnêteté, de vérité. Dès les premières pages de son récit, on est pris à la gorge. Par la sincérité des mots, des phrases, par le style qu'y greffe Paul Couturiau, et par le contenu. Et quel contenu! De situations incroyables, intolérables, absurdes en événements inattendus, surprenants, ahurissants, jusqu'à cette fin absolument bouleversante, l'auteur nous dresse le portrait d'un jeune homme du début du XXe siècle, un adolescent tourmenté, révolté, qui se cherche, et qui ne trouvera l'apaisement, "sa paix" que par un ultime (et dramatique ô combien!) pied de nez à ses géniteurs, à ceux qui lui ont imposé ce nom, ce poids, ce fardeau importable sur son existence, cet héritage inacceptable.

En fin d'ouvrage, Paul Couturiau nous rappelle qu'il s'agit bel et bien ici d'un roman mais inspiré d'une histoire vraie, basé sur des faits réels ou retracés comme tels. Ce récit nous empoigne et nous fait passer par diverses émotions, de l'espoir à la peur, du sourire à l'horreur. Et c'est là que la qualité d'écriture de l'auteur s'impose. Par cette capacité à nous absorber totalement, à nous engloutir, à nous faire toucher au plus près ces émotions et ce destin dramatique. Au-delà d'une simple biographie, on partage ces quelques mois dans la vie de Philippe, comme les a ressentis, éprouvés, Marie. C'est extrêmement fort et poignant et c'est beau. Car rythmé par des extraits de poèmes, ceux de Philippe, mais aussi Baudelaire, Lamartine...

Une lecture absolument bouleversante, qui nous agite, nous tourmente et nous porte, nous élève. Une oeuvre majeure.

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Philippe D 05/09/2016 20:22

J'ai lu cet auteur il y a pas mal d'années. Je ne me souviens plus des titres. C'était sur la Chine...

Martine 06/09/2016 16:27

Lis ses derniers si tu en as l'occasion. Je suis sûre que tu apprécieras. Merci Philippe!