Le hameau près du ciel

Publié le par Martine

Le hameau près du ciel

J'aime les livres, les vrais, pour leur façon d'attirer mon regard, pour leurs couleurs, pour leur poids entre mes mains. J'aime les livres pour ce qu'ils ont à me dire, à m'apprendre, à me raconter. J'aime les livres pour les mots qu'ils me font parcourir, pour les voyages qu'ils me font vivre, pour les rencontres qu'ils m'offrent. J'aime les livres pour leur saveur, pour leur odeur, pour leur présence à mes côtés.

Mais grâce à des auteurs telles qu'Alysa Morgon, j'aime aussi les livres pour leur senteur, ce parfum unique qu'elle sait y glisser, y distiller, ce parfum délicat que je ressens et que je reçois comme un cadeau, précieux et authentique. Ce parfum, c'est celui de la Provence et, avec "Le hameau près du ciel" paru chez Lucien-Souny en version poche, c'est celui des Hautes-Alpes qu'Alysa Morgon nous invite à respirer, à sentir, à partager.

Dans ce petit coin de montagne, la vie est rude. Il neige six mois dans l'année et dans le hameau des Collets, quand il ne neige plus, il pleut, ou le vent se lève, et souffle à nous couper le souffle!... Pourtant c'est là que vivent, tant bien que mal, loin de tout et de toute civilisation dite "civilisée", cinq familles, dans des fermes réunies autour de celle du patriarche Silvère Marrou. Aux Collets, la vie est dure. C'est rien de le dire. Le mauvais temps quotidien, les récoltes manquées, l'isolement volontaire ou subi constituent la majeure partie de l'existence de ses habitants. La majeure, oui, mais pas l'essentielle! Car chacun, chacune porte en lui sa part de rêve et d'espoir, qui dans son savoureux patois provençal, qui dans ses mots entrés en tête à force de volonté et de persévérance. Et c'est là que se trouve le sel de ce roman, dans ces langages qui se croisent, s'approuvent, ou se buttent, s'opposent, qui toujours se mélangent, s'échangent et parfois ne se rencontrent pas ou pas vraiment, pas tout à fait!

Les certitudes des grands, des aînés, leurs habitudes ne sont pas forcément acceptées par les plus jeunes qui attendent de la vie, autre chose, même s'ils ne savent pas exactement le nommer. On ne veut pas être, pas faire comme "les anciens" mais on a besoin d'eux, de leur présence, de leur solidité, de leur affection qu'ils offrent, mal parfois mais toujours avec une immense générosité.

Ce roman d'Alysa Morgon, je l'ai commencé hier soir après une journée de grandes contrariétés administratives, et je n'ai plus pu le lâcher, lisant ainsi jusqu'à une heure avancée de la nuit, mais qu'importe! Cette lecture m'a apaisée, réconciliée avec notre monde, fait sourire, rire et même pleurer. Mais c'est pas grave! Parce que ce roman, c'est la vie, les racines de la vie. A maintes occasions, il m'a rappelé cette chanson de Jean Ferrat apprise il y a bien longtemps sur les bancs de l'école "Pourtant, que la montagne est belle!" et ses habitants, ancrés dans cette terre, pas très accueillante, mais c'est la leur, la seule qu'ils connaissent, la seule où ils peuvent vivre.

J'ai aimé ces conversations authentiques, sincères et "vraies". J'ai partagé les désirs, les envies, les rêves d'un ailleurs pas facile mais idéalisé. J'en ai tourné les pages sans m'en rendre compte et la surprise m'a saisie quand la dernière s'est refermée sous mes doigts.

Ce n'est pas le premier roman d'Alysa Morgon que je lis. Je la suis depuis quelques petites années à présent. Des liens d'amitié se sont même créés. Je sais ce qui m'attend avant de commencer à lire. Mais, avec "Le hameau prés du ciel" acheté à Nyons en mai dernier, elle a réussi encore à me surprendre. Le style, l'écriture sont bien là, bien présents et leur qualité reste indéniable mais le récit, l'histoire, les mots qu'Alysa Morgon y a posé sont autres, à la fois les mêmes et pourtant si différents, émouvants, vibrants, vivants! Et tellement odorants!

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Philippe D 27/07/2016 21:17

Je ne connais pas cette auteure mais tu donnes vraiment envie de la découvrir !

Martine 28/07/2016 18:51

J'en suis heureuse! Car elle possède un talent d'écriture rare et une façon unique de nous "conter" ses histoires!

Manika 27/07/2016 18:06

Comme j'aime aussi me laisser porter par des auteurs qui savent parler d'une région chère à mon coeur.

Martine 28/07/2016 18:52

C'est vraiment le cas avec Alysa Morgon! Elle nous fait aimer sa région avec un magnifique talent d'écriture!

Alysa Morgon 27/07/2016 12:51

Je crois que nous sommes quittes, très chère Martine, car à la lecture de votre chronique, vous m'avez fait également sourire et pleurer... Un grand bonheur d'auteur, en tout cas, je peux vous l'assurer. Surtout que je ne m'attendais pas du tout à une chronique. Alors mes mots ne reflèteront certainement pas ce que je voudrais vous dire ici. Merci, pour cette analyse tellement précise et exacte, que vous avez faite de ce roman. Merci pour vos mots (et vous, vous avez su les trouver !) et vos pensées qui me touchent. Et puis aussi heureuse que mes Hautes-Alpes (même si ce sont celles d'hier, mais que l'on retrouve encore tout de même dans certaines vallées d'aujourd'hui) vous plaisent autant qu'a pu vous plaire ma Provence dans mes différentes pages. Peut-être mal placée pour vous dire qu'il s'agit encore d'une très belle chronique, mais c'est vrai, c'est une magnifique chronique, comme vous savez nous en écrire chaque jour. Désolée, au passage, de vous avoir fait veiller tardivement ! :-))) Grand grand merci !!! Je vous embrasse. Mille pensées affectueuses et très reconnaissantes. A bientôt...

Martine 28/07/2016 18:55

Merci encore et encore, très chère Alysa! Vos mots me touchent! Ceux-ci, bien sûr! Et ceux que vous posez sur vos histoires, qui font qu'on se laisse embarquer en toute confiance, portés par leur musique, les sourires qu'ils dévoilent et leur bonne senteur d'authentique! Je vous embrasse très fort