Requiem en eau trouble

Publié le par Martine

Requiem en eau trouble

Pour cette deuxième lecture dans le thème Polars du Mois belge de Mina et Anne, c'est avec Paul Couturiau que j'ai pris rendez-vous. Ou tout au moins avec son "Requiem en eau trouble" paru en 2004 chez Fleuve Noir.

De Paul Couturiau, j'ai déjà lu plusieurs romans, d'aventures, terroirs, biographies romancées, policiers, signés de son nom propre ou de son nom de plume : Dulle Griet, ce dernier étant d'ailleurs réservé à ses enquêtes policières se déroulant en Belgique "Les mystères de Bruxelles" et parues aux Presses de la Cité. Et de fait j'ai été assez surprise la semaine dernière quand, sur le présentoir "polars" de la médiathèque de Romans (ça ne s'invente pas!), j'ai vu le nom de Paul Couturiau. Ce roman me tendait littéralement les bras et je n'ai pu que l'emprunter pour pouvoir vous le présenter aujourd'hui!

Madeleine et Mathilde sont des sœurs jumelles d'une trentaine d'années. Si Madeleine est restée "au pays" avec son mari Robert et a recueilli chez elle son père âgé et atteint de la maladie d'Alzheimer, Grégoire, Mathilde, elle, a quitté la maison familiale suite au divorce de ses parents il y a déjà une quinzaine d'années et vit désormais à Paris, ne gardant de relations qu'avec sa sœur, sa mère, Clara, installée dans le Sud de la France et, de loin en loin, avec son beau-frère. Pourtant c'est le cœur douloureusement meurtri qu'elle revient au pays ce jour-là pour assister aux obsèques de Madeleine, décédée lors de ce qui semble être un dramatique accident.

Or, tout n'est pas aussi simple qu'il n'y parait. La présence de l'inspecteur de police, Georges Barrès, à l'enterrement et sa demande de rencontrer Mathilde au plus vite ajoutent à la confusion de la jeune femme. Non seulement celle-ci doit faire face à ses vieux démons, se confronter à son passé, très douloureux, mais elle doit aussi apprendre désormais à vivre sans la part d'elle-même que Madeleine a emporté dans la mort et surtout comprendre pourquoi cet accident mortel a eu lieu, comment, et qui l'a provoqué. Et pour cela, Mathilde n'a d'autre solution que de reprendre du début l'enquête minutieuse que sa sœur menait dans le but de démasquer un énorme scandale de santé publique lié à l'empoisonnement par l'aluminium de l'eau du robinet, susceptible de provoquer, en cas de taux trop élevé, la maladie d'Alzheimer. Pour résoudre cette enquête, Mathilde,va pouvoir compter sur l'aide et le soutien inattendus d'un de ses "clients", Axel, et la présence rassurante de l'inspecteur Barrès.

Voilà une histoire rondement menée. S'appuyant sur des études effectivement réalisées, Paul Couturiau nous livre ici un roman comme je les aime, avec la présence d'une femme confrontée à un douloureux passé, un présent dramatique et chaotique, et un avenir sombre, inquiétant, terrifiant même, et bien incertain. On ne peut que s'attacher à Mathilde et à son chagrin lié à la perte irrémédiable de sa sœur. On ne peut que la suivre dans son désir, son besoin de vérité, dût-elle y laisser de nombreuses plumes. Et on ne peut que l'encourager dans sa volonté d'aller de l'avant, seule, ou pas d'ailleurs, mais avec l'envie certaine de suivre une nouvelle route, de prendre un autre chemin que celui dans lequel elle s'est cantonnée jusqu'à présent. Une femme face à des choix. Une femme poussée par un besoin impérieux de vivre dans la vérité. Une belle femme, au propre comme au figuré. Une femme, comme seul Paul Couturiau sait nous en dresser le beau portrait, généreuse et volontaire. A travers Mathilde, c'est un peu de toutes celles qui illumineront les romans suivants de l'auteur, que j'ai retrouvées. Et j'en suis heureuse.

Certes, avec ce roman de Paul Couturiau, je lisais en terrain connu, appréciant à nouveau pleinement sa belle et singulière écriture. Mais surtout j'ai retrouvé avec bonheur sa façon unique de ménager ses effets, de nous guider sans en avoir l'air pour nous amener là où il l'a décidé, mais en douceur, avec tact, sans heurt, malgré le dramatique de son histoire. Et ça, vraiment, j'aime!

Requiem en eau trouble

Commenter cet article

Mina 26/04/2016 21:33

Découverte pour moi aussi, je me tournerai peut-être vers un autre genre, parmi ceux que tu cites ; un auteur aux multiples facettes ?

Martine 27/04/2016 07:59

Tu as le choix en effet. Parmi ses derniers, je te recommande "Allégra" (entre autres!!!) Merci Mina!

Philippe D 26/04/2016 21:08

J'ai lu quelque chose de lui : un roman sur la Chine en plusieurs tomes mais je ne me souviens plus du titre...

Martine 27/04/2016 07:58

Oui, il a beaucoup écrit sur le Vietnam. Je pense que tu parles du "Paravent de soie rouge". Merci Philippe

Anne 26/04/2016 18:34

Encore un auteur découvert grâce à ce ois belge (et à toi). Quelle diversité dans tous ces livres présentés, c'est génial.

Martine 27/04/2016 07:57

Je trouve aussi! C'est ça l'avantage des challenges et des mois à thèmes. On a tant à découvrir, tant à lire!!! Merci Anne!