Anecdotes enfantines, à ce stade de la nuit

Publié le par Martine

Anecdotes enfantines, à ce stade de la nuit

Drôle de titre pour ce billet de lecture du jour, allez-vous peut-être penser. Non. Tout simplement mis côte à côte les titres de deux petits ouvrages de quelques dizaines de pages chacun dont je souhaitais vous dire quelques mots avant de les rendre à la médiathèque cet après-midi. Deux ouvrages que j'associe au challenge Il Viaggio d'Eimelle puisque en lien avec l'Italie. Un lien très fort d'ailleurs dans le premier "Anecdotes enfantines" d'Elsa Morante, paru chez Arléa, où l'auteur évoque ses souvenirs d'enfance à proximité de Rome dans la toute première partie du XXe siècle. Un lien un peu plus distant bien que très présent avec l'Italie du Sud, la Sicile, les petites îles qui la bordent et notamment celle de Lampedusa dans "à ce stade de la nuit" (avec un "à" minuscule) de Maylis de Kérangal, paru chez Verticales.

Deux lectures très différentes, lues à quelques jours d'intervalle, qui m'ont frappée par l'intensité des mots employés, leur force, leur puissance et surtout leur grande sensibilité.

Des souvenirs d'enfance tour à tour drôles, cocasses, amusants, tendres, un peu rancuniers aussi parfois, mais toujours émouvants pour ces "Anecdotes enfantines" qui m'ont permis de découvrir l'écriture singulière d'Elsa Morante, la mélancolie qui s'en dégage et sa façon bien à elle de dire les choses, telles qu'elles ont été ou telles qu'elles les a vécues, ressenties, éprouvées. Une très belle plume.

Et cette nuit du 3 octobre 2013 au cours de laquelle l'auteur, Maylis de Kérangal, apprend à la radio le naufrage d'un bateau rempli de plus de 500 réfugiés clandestins fuyant la Lybie et s'échouant à proximité de cette île de Lampedusa alors qu'ils arrivaient presque au bout de ce voyage cauchemardesque. Plus de 300 morts, noyés. Environ 200 survivants. Survivant, tel est bien le mot qui déclenche la réflexion de l'auteur, lui évoquant d'abord l'horreur de cette situation, puis, très vite, ne retenant que le nom de l'île et l'associant immédiatement au film de Visconti "Le Guépard" et à l'acteur Burt Lancaster interprétant brillamment le prince Don Fabrizio Salina. Et de là des souvenirs remontent, des associations d'idées se créent, provoquant cette longue réflexion nocturne narrée en de courts chapitres commençant inévitablement par "à ce stade de la nuit", toujours avec ce "à" minuscule qui m'a surprise et que j'ai interprété comme une suite, un récit ininterrompu malgré les va-et-viens de l'auteur à travers son appartement, les pauses qu'elle s'impose, une évocation en entraînant une autre, tout au long de cette longue nuit de veille.

Deux très belles lectures, courtes mais se suffisant à elles-même, que je tenais à partager.

Anecdotes enfantines, à ce stade de la nuit
Anecdotes enfantines, à ce stade de la nuit

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Manika 24/03/2016 10:13

J'aime bien l'écriture de Maylis de Kerangal mais je n'ai pas lu celui là je vais regarder s'il est à la bib

Martine 25/03/2016 11:03

J'avais bien apprécié "Réparer les vivants". J'espère que tu trouveras celui-ci. Il est court. Tu le liras vite! :-)