Les liens du silence

Publié le par Martine

Les liens du silence

Lecture noire encore aujourd'hui. Lecture tellement prenante que je l'ai dévorée en un rien de temps malgré ses presque 300 pages. Et encore une lecture italienne, même si son auteur, Gilda Piersanti, vit à Paris!

D'elle, j'ai déjà lu "Rouge abattoir" et "Bleu catacombes" également parus aux éditions Le Passage Polar. Mais dans ces "Liens du silence", nulle place pour son héroïne récurrente, l'inspectrice Mariella De Luca, et un tout petit passage à Rome seulement.

Ici, nous sommes principalement dans le Sud de l'Italie, à Sant'Andrea del Monte en Reggio Calabria et à Zurich en Suisse, avec un petit détour aux Pays Bas.

Zurich et sa très chère école privée, c'est là où grandit la jeune Giulia, 17 ans, depuis que son grand-père maternel, Don Alfredo Cordellaro, l'y a placée lorsqu'elle avait 5 ans pour parfaire son éducation. Orpheline à l'âge de 6 mois, quand sa mère, Nunziatina, s'est tuée dans un accident d'auto, Giulia, ignorante de l'identité de son père, a grandi dans une grande solitude émotionnelle, se rattachant à l'amour que lui portent sa tante Alba et son grand-père.

Zurich, c'est la ville aussi où Giulia rencontre Lorenzo Cortese, jeune journaliste littéraire de 25 ans, dont elle s'éprend aussitôt et qui partage cet amour.

Sant'Andrea del Monte, c'est là où vit Don Alfredo, son épouse Lucrezia, dite "l'Araignée", et sa famille, tantes, oncles et cousins de Giulia. C'est là aussi qu'Alba est assassinée, un crime déguisé en suicide, pour avoir trahi sa famille et révélé à la justice les activités mafieuses de ses frères sans, toutefois, y associer son père, Don Alfredo. Car, en Calabre, la mafia est reine. Au fil des ans, les enlèvements, les séquestrations puis le trafic de drogue ont contribué à asseoir la position sociale, la richesse, le pouvoir et la puissance de la famille de Don Alfredo mais aussi celle de Don Marcello, meilleur ami d'Alfredo avec qui une rivalité s'est installée lorsque Marcello a épousé Lucia, grand amour d'Alfredo, 40 ans plus tôt. Et depuis ce temps, ce n'est que combats, meurtres et coups bas entre les deux familles, chacune comptant ses victoires, ses pertes, ses morts et appelant toujours à la vengeance.

C'est dans ce contexte que Giulia et Lorenzo vivent les premiers temps de leur amour. Mais la jeune fille ignore que Lorenzo lui a menti sur leur rencontre. En effet s'il l'a bel et bien provoquée dans l'idée de faire payer à Don Alfredo l'explosion meurtrière qui a coûté la vie à sa mère et laissé son père, brillant avocat, défiguré et dans un fauteuil roulant, 20 ans auparavant, très vite cependant tout esprit de vengeance a quitté le jeune homme, tombé sous le charme innocent de Giulia. Mais ça, Don Alfredo ne le sait pas, ou ne le conçoit pas, et va tout mettre en oeuvre pour séparer les deux jeunes gens, y compris une terrible agression envers Lorenzo et le retour immédiat de Giulia en Calabre, organisant d'ares d'ares son mariage avec le Prince, descendant d'une autre famille avec laquelle Don Alfredo est en "affaires".

Les jeunes amants parviendront-ils à se sauver, défendre leur vie et vivre leur amour?

C'est le suspense éprouvant que nous fait partager Gilda Piersanti, avec un sens affirmé de la formule, une maîtrise éblouissante du style et du rythme et une patience à toute épreuve.

Ce monde mafieux, je ne le connaissais pas. Mis à part ce que j'ai pu en voir dans des films, je n'avais encore jamais lu un roman qui aborde ce sujet avec une telle authenticité, un tel réalisme. Tout semble tellement plausible, évident et attendu et pourtant je me suis laissée surprendre à de nombreuses reprises, espérant, malgré tout, que... Mais non. L'inflexibilité domine. Cette "Honorable société", le Bunker, à qui ses hommes jurent "fidélité éternelle jusqu'à leur mort et renient pour elle mère, père et fils" ôte toute trace d'humanité à qui veut en faire partie. Et quand il arrive, comme ce sera le cas dans ces "Liens du silence", qu'une infime parcelle d'humanité se révèle, la souffrance, la douleur, le malheur s'affrontent alors sans pitié.

La quatrième de couv' de ce roman annonce un drame shakespearien au suspense redoutable. Certes. Mais j'ajouterai aussi qu'on a bien souvent l'impression d'être au cœur d'une tragédie grecque, où tout est couru d'avance, où l'espoir est omniprésent, l'intensité bouleversante et où la sérénité des dernières pages apaise...

Lecture inscrite au challenge Il Viaggio d'Eimelle.

Les liens du silence
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Commenter cet article

eimelle 28/02/2016 09:18

je rattrape mon retard de lectures des billets des participants au challenge, encore de belles découvertes!

Martine 28/02/2016 12:03

Merci Eimelle! Celle-ci fut excellente en effet! Je te souhaite un excellent dimanche!

marie 23/02/2016 15:55

Rhôôô ! Roméo et Juliette version mafia !!!! ça donne envie !!!!

Martine 24/02/2016 10:49

Heu... pas tout à fait! Pour la fin du moins, un peu plus sereine! Merci Marie

Florence 23/02/2016 13:53

J'ai déjà lu plusieurs polars de Gilda Piersanti. Ils se déroulaient à Rome et évoquaient très bien certains aspects sociaux de l'Italie contemporaine que l'auteure décrit très bien même si elle vit à Paris. En plus, elle maîtrise très bien l'art du suspense et les rebondissements. J'avais déjà envie de lire celui-ci, mais là, tu m'as convaincue. Reste à trouver le temps...

Martine 24/02/2016 10:48

Rien à voir avec les enquêtes de l'inspectrice Mariella De Luca. Essaie de trouver le temps pour le lire. Tu ne le regretteras pas! Merci Florence

Manika 23/02/2016 13:14

Si avec ça on n'a pas envie ... autant ne rien lire !

Martine 24/02/2016 10:47

Oh la la! Merci Manika! Ton commentaire me comble!!! Bises

Pierre Longuet 23/02/2016 12:52

Merci pour vos avis et vos précieux conseils.
Cordialement

Martine 24/02/2016 10:46

Merci à vous de les lire. Bonne journée!