Je mourrai une autre fois

Publié le par Martine

Je mourrai une autre fois

Comme je suis en vacances cette semaine, j'en profite pour voyager et aujourd'hui je quitte (momentanément) l'Italie pour m'offrir une virée en Espagne. Mais pas n'importe quelle escapade! Outre la découverte de ce pays méditerranéen, c'est un retour dans le temps que nous propose Isabelle Alonso avec ce "Je mourrai une autre fois" paru dernièrement aux éditions Héloïse d'Ormesson. Un retour dans l'Histoire de ce beau pays aux connotations très colorées, riche de contrastes, de silences et de cris.

En 1931, Gelin a 8 ans. Petit garçon vif et curieux, il aime jouer dehors avec ses copains mais, ce qui le passionne vraiment, c'est la lecture, les livres qu'il dévore et qui l'instruisent, qui l'aident à affirmer ses premières idées et qui complètent celles que son père proclame régulièrement à la maison et ailleurs.

En 1931, le socialisme arrive en tête des élections municipales. C'est la joie, le bonheur. Enfin on commence à croire, à espérer, à voir des jours meilleurs arriver pour le peuple espagnol. Mais les années passent et le changement intervenu n'a pas les effets escomptés. Sauf que Gelin grandit et, peu à peu, assiste, impuissant comme tant d'autres, à la montée du fascisme, du franquisme et par-delà les frontières du nazisme d'Hitler. Une situation et des situations intolérables, insupportables pour le père de Gelin et ses compagnons, et, par voie de fait, pour Gelin lui-même qui s'engage alors avec ces hommes dans un combat inégal, un combat fait de luttes, d'explosions, de rages, d'oppositions. Un combat terrible, terrifiant et cruel. Un combat qui prendra fin brutalement lors de ce qui s'appellera ensuite la Retirada et qui signe l'enfermement, l'internement dans des camps de prisonniers où la cruauté a seul droit d'être. Ces camps où un jeune garçon de 15 ans n'a absolument pas sa place et qui pourtant s'y retrouve comme des milliers d'autres opposants au parti. Mais, à 15 ans, on est trop jeune pour mourir. Et quand on s'est donné corps et âme pour son pays, pour ses droits, on n'a de cesse que de supporter l'insupportable et de vouloir vivre pour voir enfin le retour des jours meilleurs. Ceux qu'on attend depuis si longtemps...

Vous dire que ce roman m'a émue me parait bien léger. Cette page d'Histoire qu'Isabelle Alonso nous révèle, intimement liée à celle de Gelin et de sa famille, de ses compagnons de lutte, je l'ai apprise sur les bancs du lycée. Mais je n'avais encore jamais rien lu sur cette guerre d'Espagne, comment elle s'est initiée, comment elle s'est imposée, ce qui s'y est passé véritablement, les horreurs qui s'y sont déroulées.

Avec une délicatesse hors pair et une tendresse évidente pour ce jeune Gelin, Isabelle Alonso nous la raconte, à sa façon talentueuse, par la qualité de son écriture, son intensité et sa sobriété. On sait qu'on est dans l'Histoire et en même temps on n'oublie pas qu'on reste dans un roman et que la réalité des faits ainsi relatés est bien supérieure à ce que les mots d'Isabelle Alonso veulent bien nous laisser l'imaginer.

Malgré soi, on s'attache à Gelin et à sa famille. On le suit derrière son père, son modèle. On l'accompagne dans ce combat au côté de ces hommes et de ces femmes qui refusent de baisser la tête, d'accepter et qui expriment ce refus au prix de leur vie, pour que d'autres, après eux, aient la chance et le bonheur de vivre dans un pays libre.

"Je mourrai une autre fois" nous dit Gelin. A qui j'ai envie de répondre : surtout jamais...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Delphine-Olympe 28/02/2016 21:22

C'est une période qui m'intéresse beaucoup. Je note ce titre !

Martine 29/02/2016 17:40

Merci Delphine. Si tu aimes cette période, tu devrais apprécier ce roman.

Alysa Morgon 25/02/2016 00:06

Quelle belle chronique littéraire, Martine ! Comme vous savez toujours nous en écrire, c'est vrai, mais celle-ci, en particulier, est vraiment très forte en émotions. Vous avez une facilité d'écriture, surtout celle du ressenti, très délicate, et pourtant que l'on sent spontanée et surtout sincère. A quand l'écriture d'un roman ? Je suis sûre que vous excelleriez ! Nous en reparlerons... Je vous embrasse, et merci pour tous ces partages.

Martine 25/02/2016 10:36

Merci bien sincèrement, chère Alysa! Vous n'imaginez pas à quel point vos mots me touchent, m'émeuvent. VOS mots! Merci! Merci! Merci!
Je vous embrasse

Binchy 24/02/2016 18:36

J'aime beaucoup Isabelle Alonso que j'ai rencontrée deux fois au salon du livre de Paris. Elle est adorable. J'ai lu trois ouvrages d'elle, elle est une excellente auteure et rit tout le temps malgré le sérieux de ses récits.
Douce soirée Martine et bonnes lectures encore et encore ! C'est tellement instructif en effet !
Je t'embrasse très fort.
Bernadette.
P.S. : Ta chronique est très émouvante.

Martine 25/02/2016 10:34

Coucou Bernadette, J'ai eu le plaisir de l'interviewer hier (chronique à venir ici) et je confirme ton propos. Isabelle Alonso est une personne très sympathique et généreuse, à notre écoute.
Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup.
Gros bisous et bonne fin de semaine!

Manika 24/02/2016 11:55

Que d'émotions dans ton post !

Martine 25/02/2016 10:32

Merci! :-)