La maladroite

Publié le par Martine

La maladroite

Comment refermer un livre sans pleurer? Comment refermer ce livre sans avoir la nausée? Comment refermer ce livre sans avoir le coeur au bord des lèvres?

Je n'ai pas su, pas pu. Trop dur. Trop fort. Trop impensable. Trop inenvisageable. Trop émouvant, bouleversant, mais ces adjectifs sont encore bien trop faibles par rapport à ce que nous renvoie cette lecture, à ce qu'elle éveille en nous d'incompréhension et surtout d'horreur et d'inacceptable.

Ce livre que j'ai lu d'une traite hier après-midi en à peine deux heures, c'est "La maladroite" premier roman d'Alexandre Seurat paru chez La brune au Rouergue en cette rentrée littéraire 2015. Je l'ai lu pour le challenge de Charlotte "les 68 premières fois" et je pense qu'il va rester longtemps en moi, comme une empreinte, une émotion indélébile.

"La maladroite", c'est Diana, petite fille de 8 ans. Deuxième enfant née après un frère aîné et avant une soeur et un autre frère plus jeune, d'un couple qui s'est connu alors que la mère allait se marier. Mariage annulé donc mais réalisé avec cet homme nouvellement rencontré et avec qui cette femme s'installe avec son fils né d'une liaison précédente. Elle, cette mère, cette femme a toujours été très proche de son père, suicidaire, davantage que sa soeur cadette, et éprouvant une grande difficulté à communiquer avec sa propre mère.

Très vite, le couple nouvellement marié éprouve des problèmes relationnels et, malgré une nouvelle grossesse, se sépare. Cette femme retourne chez sa propre mère mener sa grossesse à terme et accoucher sous X. Peut-être finalement est-ce la solution qui aurait été la meilleure pour la petite Diana? On ne le saura jamais. Car avant que la période de réflexion légale d'un mois soit atteinte, cette femme va rechercher sa petite fille... avant de reprendre la vie commune avec son mari. Au grand dam de la grand-mère et pour le malheur de Diana...

Cette histoire s'inspire d'un fait divers réel. Fait divers. Rien que le mot me hérisse quand on sait que sont nommés ainsi par la presse tous les "accidents de la vie".

Tout commence par la voix de l'institutrice qui lit, justement dans la presse locale, l'avis de recherche d'une enfant et reconnait Diana sur la photographie jointe. Un visage, une fillette qu'elle n'a pas pu oublier. Une enfant pour laquelle, elle a essayé d'alerter les services sociaux, qu'elle a signalé à l'Aide Sociale à l'Enfance. En vain. Faute de preuves tangibles, de témoignages suffisants. Comme si les marques relevées sur le corps de la petite fille n'étaient pas suffisantes. Comme si les attitudes surprenantes de Diana n'avaient rien d'étonnant....

La force de ce roman, c'est sa construction. Nul voyeurisme. Nul jugement. Les faits. Seulement les faits, relatés par les différents "témoins" : la grand-mère de Diana, sa tante, sa première institutrice, ses directrices successives, les gendarmes, son grand frère condamné à se taire ou à dire que... Diana, elle-même, qui se présente comme "tellement maladroite". Mais jamais la parole n'est donnée à ses parents. Jamais. D'ailleurs, qu'en feraient-ils à part nous mentir et cacher toujours l’indicible, l'inadmissible?

Cette lecture m'a donné la nausée. Mais je suis allée au bout. Parce qu'il faut savoir. Parce qu'il faut dire ce sentiment d'impuissance qui nous accable, ce sentiment d'injustice, cette incompréhension face aux lourdeurs administratives, ces regrets aussi. Même si ceux-là arrivent trop tard. Bien trop tard.

Un premier roman de toute beauté, à l'écriture parfaitement maîtrisée.

Je vous invite aussi à lire les chroniques de Eimelle, Leiloona, Noukette, Nath, Livann Vaté, Jostein, Stéphie, Laurie et Denis.

La maladroite
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Commenter cet article

Noukette 17/09/2015 00:22

Indélébile oui...

Martine 17/09/2015 12:14

Oui...

Pahi 28/08/2015 21:12

J'ai déjà lu une chronique concernant ce livre : impossible pour moi d'en faire la lecture.
Gros bisous, Martine, et bon week-end ;-)

Martine 29/08/2015 10:01

Je peux le comprendre.
Gros bisous, ma chère Denise, et bon week-end également

Philippe D 28/08/2015 21:10

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce roman t'a marquée!
Je retiens...
Bon weekend.

Martine 29/08/2015 10:01

Oui. Profondément.
Si tu le lis, je serai curieuse de connaître ton avis. Merci Philippe!

Mireille 28/08/2015 20:02

Cela me semble trop dur à supporter.

Martine 29/08/2015 10:00

ça l'est! Mais sa lecture me parait d'autant plus nécessaire.

eimelle 28/08/2015 17:52

un livre marquant... et nécessaire...

Martine 29/08/2015 09:59

Bien d'accord avec toi!