L'étendard et la rose

Publié le par Martine

L'étendard et la rose

En ce jour de commémoration du 70e anniversaire de la signature de l'armistice du 8 mai 1945, ce n'est pas un roman sur ces difficiles années de deuxième guerre mondiale que je souhaite mettre à l'honneur mais une histoire qui en est une des, pour ne pas dire "la", conséquences directes.

Ce roman "L'étendard et la rose", c'est Gilles Laporte qui l'a écrit et publié aux Presses de la Cité pour la si belle collection des Terres de France. Bien que pouvant se lire de façon autonome, il constitue la troisième partie de la trilogie formée par "Des fleurs à l'encre violette" et "La clé aux âmes". Romans qui m'avaient déjà fortement impressionnée et émue aux larmes.

Ici c'est Louis-Paul Delhuis que l'on retrouve, cet enfant né en 1945 de Louise Delhuis et conçu dans des circonstances hautement dramatiques. Se faisant traité à l'école de "fils de Boche" ou de "fils d'Amerlock", cette incertitude à propos de sa naissance le mine profondément et l'empêche de trouver sa place au sein de sa famille paternelle, ces fameux Delhuis installés en Lorraine et que l'on suit depuis plus d'un demi siècle à travers les destins de Rose-Victoire et Aimé, Mathilde et Clément, puis Louise et Paul. Une famille qui a fait sienne la volonté de Jules Ferry : enseigner coûte que coûte, à toutes et à tous. Mais une famille dans laquelle celui qui se fait appeler uniquement Louis désormais ne se reconnaît pas.

C'est chez la vieille et fidèle Angèle que le jeune garçon trouve refuge et le courage de forger sa propre personnalité. Préférant écouter les liens du sang avant que de laisser parler ceux du coeur, Louis grandit, devient un homme, rencontre la belle Nouchka, jeune professeur de français, soutient et s'engage au sein du parti communiste, prend sa place au sein de la famille Delhuis en enseignant à son tour la philosophie, rencontre le docteur Schweitzer, la singulière fleuriste Lucie et surtout l'écrivain Henri Vincenot qui le poussera à devenir l'homme qu'il veut être, l'écrivain qui pourra enfin demander réclamation à son oncle Victor, frère aîné de son grand-père Clément, pour l'autodafé des livres de sa propre mère Rose-victoire Delhuis.

Même si ce roman ne traite pas directement de la deuxième guerre mondiale, il y en est fortement question. Dans cette quête essentielle de ses origines pour Louis, dans les différents combats sociaux qui ont suivi et dans les guerres, même si elles n'en portent pas le nom, que la France mène ensuite. Ces six années d'occupation, de luttes clandestines pour la liberté, de collaboration, d'exactions, d'engagement, de Résistance, ont laissé des traces, forcément, et il est bien difficile, voire impossible, d'en faire abstraction.

De son écriture fluide et très agréable, j'ai envie de dire "bonne" dans son meilleur sens, Gilles Laporte aborde tous ces sujets, toutes ces questions, toutes ces interrogations sans jamais nous influencer, nous laissant nous forger notre propre opinion et faire face ainsi à nos propres engagements. Bien sûr le texte est parfois bien émouvant et nos larmes ne peuvent s'empêcher de couler. Mais ce sont bien souvent des larmes d'apaisement, des larmes de joie et de paix.

Car ce dont Gilles Laporte souhaite nous faire prendre conscience, c'est de cette notion de valeurs, de liberté, d'égalité, de fraternité et de pardon. Et de ce point de vu-là, c'est réussi. Plus qu'un roman, ce récit nous parle de tolérance, d'acceptation, d'humanisme et d'humanité. En toute simplicité.

Et quelle superbe couverture!

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Philippe D 08/05/2015 21:25

Il n'est malheureusement pas possible de tout lire sinon cette série me plairait certainement.
Bonne semaine.

Martine 09/05/2015 10:32

C'est sûr. On n'aura pas assez d'une vie pour tout lire. Mais en même temps c'est dommage. Je suis persuadée que cette trilogie est faite pour toi! Bon week-end Philippe!

Binchy 08/05/2015 18:26

Ce roman doit être excellent ! Je l'ai repéré.
Je ne peux m'empêcher de penser, en lisant ta chronique, à un garçon de mon école primaire qui se faisait traiter de "boches" dans la cour de l'école. Le papa (un papa très gentil), bref, le papa de ce garçon était Allemand ! Ce qui m'a toujours également le plus touchée, je m'en souviendrais toute ma vie, est que notre instituteur n'intervenait pas et laissait faire... De plus, cet instituteur était communiste. Je me souviendrais (ma copine d'enfance aussi), le jour où lors de la leçon de dessin, il nous avait fait dessiner la faucille et le marteau.
L'instituteur s'était de plus permis de nous coller le soir après l'heure afin que le dessin soit exact, dimensions au millimètre près respecté.
Aucun parent n'était venu le voir, c'était incroyable ! J'y pense souvent. Ce sont les choses de notre enfance qui reste gravées à jamais...
Je te souhaite une agréable soirée Martine et très bonne continuation dans tes lectures. A très bientôt.
Gros bisous.
Bernadette.

Martine 09/05/2015 10:34

Comme quoi les temps ont bien changé! Cette situation est inimaginable aujourd'hui! C'est fou comme en quelques décennies tout a évolué! Merci pour ce témoignage ma chère Bernadette. Gros bisous et très bon week-end à toi et à ta famille!