Je reviens de mourir

Publié le par Martine

Je reviens de mourir

Y'a pas à dire, les blogs littéraires et Facebook sont de formidables supports pour nous faire découvrir de nouveaux auteurs talentueux. J'en veux pour preuve Antoine Dole dont toute la blogosphère, et Stéphie en tête, nous vante les qualités à longueur de temps.

De fait le moins que je pouvais faire pour me forger mon propre avis, c'était de le lire. Au moins une fois. C'est ce que j'ai entrepris mercredi soir après avoir emprunté à ma médiathèque La Passerelle "Je reviens de mourir" son premier roman paru en 2007 chez Sarbacane dans la collection Exprim. Je me doutais bien alors que j'allais passer un agréable moment. Je ne pensais tout de même pas m'offrir, en plus, le luxe d'une nuit blanche tellement cette lecture m'a émue, bouleversée, choquée parfois, bref, ne m'a pas laissée indifférente. Loin s'en faut!

Marion, 20 ans, a rompu définitivement avec sa famille, ses parents, et est montée à la capitale. Là, avec très peu d'argent en poche, elle survit dans la rue pendant quelques jours. Ayant trouvé refuge dans un café pour se réchauffer, elle est accostée par Nicolas, barman dans un établissement de nuit. Pour Marion, c'est le coup de foudre immédiat et elle ne peut s'empêcher d'enjoliver sa vie. Elle est venue à Paris faire des études de théâtre et attend dans ce bar sa cousine qui devait venir la chercher mais n'arrive pas. Pas vraiment dupe, Nicolas lui confie le code de son immeuble en lui proposant de l'héberger au cas où... Ce que Marion accepte aussitôt. Six mois passent. Jusqu'au jour où le jeune homme reproche à Marion de ne pas participer aux frais du foyer et, pour y remédier, lui trouve des clients à satisfaire. Dès lors c'est l'engrenage, trop amoureuse, la jeune femme consent à se prostituer et supporte même les coups que Nicolas lui porte.

En parallèle à l'histoire de Marion, Antoine Dole nous conte celle d'Eve. Une vingtaine d'années également, celle-ci ne supporte aucune attache sentimentale et satisfait ses désirs dans des rencontres organisées sur le Net, des "coups d'un soir". Mais, un soir justement, c'est avec David qu'elle a rendez-vous. Et là, tout change. Lui ne veut pas uniquement "baiser". Il veut une rencontre, établir une relation, progressivement. Complètement déroutée, s'attachant bien malgré elle, Eve ne sait pas qu'elle vient d'entrer de plein pied dans le jeu sadique de David.

Ces deux destins vont finir par se rejoindre à notre plus grande stupeur et nous bouleverser au-delà de l'imaginable.

Ce matin, après une nuit de sommeil encore agitée, je ne sais toujours pas si j'ai aimé cette lecture. Ce que je peux vous affirmer par contre, c'est qu'elle m'a profondément bouleversée. Ces deux descentes aux enfers (je ne vois pas d'autres mots pour les qualifier) m'ont émue aux larmes, m'ont atteinte dans mon intimité et dans mes certitudes en me montrant un monde très éloigné du mien. Un monde sordide dont bien sûr je sais qu'il existe, les faits-divers ou les films sont là pour nous le rappeler. Mais par ces mots, par ces chapitres savamment orchestrés, par sa qualité d'écriture, Antoine Dole a le mérite de nous en imprégner et de nous y engloutir sans avis, même si la quatrième de couverture nous a prévenu. C'est la chute, vertigineuse, dans ce que l'humanité a de plus sombre. C'est un gouffre qui nous absorbe et se referme sur nous, nous poussant comme une main de fer à tourner les pages les unes après les autres, un sentiment d'oppression qui nous plombe obstruant nos poumons jusqu'à nous empêcher de respirer.

C'est plus que fort et pourtant c'est aussi la vie.

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Commenter cet article

Binchy 24/01/2015 08:25

Un ouvrage très dur en effet... et malheureusement ça existe et c'est bien dommage !

Martine 24/01/2015 09:41

Hélas oui! Merci Bernadette! Gros bisous

Pahi 23/01/2015 21:12

Martine, j'ai une question : penses-tu que l'on peut donner à lire ce livre à une jeune fille de presque 17 ans ? Elles ne sont plus ni jeune fille, ni jeune femme... c'est délicat ; peut-être ne suis-je plus dans le coup :/
Gros bisous, mon amie, et passe un bon week-end ;-)

Martine 24/01/2015 09:41

Coucou ma chère Denise, Je pense que oui en l'avertissant auparavant que ce roman est très dur mais hélas hyper réaliste. Je t'embrasse très fort. Bon week-end!

Noukette 23/01/2015 20:28

Antoine Dole est un surdoué des mots... Quelle claque ce roman !

Martine 24/01/2015 09:39

Exactement! Merci Noukette

Binchy 23/01/2015 17:02

Je viens te souhaiter une douce soirée Martine et un très bon week-end lecture. Je reviendrai plus tard lire tous tes articles en retard.
Je t'embrasse très fort.
Bernadette.

Martine 24/01/2015 09:39

Merci beaucoup, ma chère Bernadette! Je te souhaite aussi un très bon week-end! Gros bisous et de belles lectures à découvrir!

Anne-Véronique 23/01/2015 15:20

Oui je suis coquine ! Et oui découvrir un auteur grâce à un de ses livres, quand on a un coup de coeur, pour moi c'est une rencontre ;)

Martine 24/01/2015 09:38

Entièrement d'accord! C'est pour cette raison que je ne me fais pas à la liseuse. J'ai besoin de la rencontre que, seul, le livre papier peut nous procurer