Deux lectures

Publié le par Martine

Deux lectures

Pour bien commencer cette nouvelle année 2015 et terminer mes vacances, je me suis offert deux lectures successives: "A l'abri de rien", d'Olivier Adam, paru aux éditions de l'Olivier, et "Col de l'Ange" de Simonetta Greggio, édité chez Stock. Deux romans courts empruntés à ma médiathèque La Passerelle et que j'ai lu assez vite. Le second complétant bien le premier.

Olivier Adam a un style bien à lui de décrire des situations réalistes dans ce qu'elles ont de plus sombre. J'avais déjà pu éprouver cette ambiance dans "Falaises" lu il y a quelques années et retrouvé dans le recueil de nouvelles "Passer l'hiver" lu aussi récemment.

Marie est au chômage. Elle a perdu son travail de caissière le jour où, ne supportant plus la monotonie, l'éternelle répétition et les récriminations incessantes de la clientèle, elle a craqué et insulté un client. Depuis ce jour, Marie est soignée pour dépression et reste chez elle, dans son petit pavillon acheté avec son mari Stéphane, à s'occuper de son ménage et de ses deux enfants. Mais Marie n'en peut plus. Elle étouffe dans cette petite vie étriquée et, peu à peu, elle décroche, elle perd pied. Aussi le jour où elle remarque le groupe de plus en plus important que forment les étrangers, en demandes d'asile et de régularisation, la jeune mère de famille s'engage auprès des bénévoles de l'association qui s'occupe de venir en aide à ceux que toute cette petite ville du Nord de la France surnomment "les Kosovars". Entre leur servir des repas chauds, les accompagner dans leurs démarches administratives et leur trouver des hébergements coûte que coûte, Marie délaisse de plus en plus sa famille et s'implique corps et âme dans cette lutte perdue d'avance. Mais jusqu'où est-elle prête à aller?

Pour moi, cette lecture s'est imposée d'emblée. Parce qu'elle me renvoie à mon travail de formatrice en français langue étrangère. Parce que forcément elle m'a fait penser à des personnes que je côtoie ou que j'ai accueillies dans mes cours, des personnes qui se sont confiées, que j'ai aussi accompagnées, avec qui des liens amicaux se sont instaurés. Parce qu'elle m'a rappelé, à raison, que, même avec la meilleure volonté, on ne peut pas sauver la misère du monde, seul, que des structures adaptées existent, et que des personnes sont formées professionnellement pour y oeuvrer et partager leurs compétences de la manière la plus sûre et la plus saine qui soit. Une lecture coup de poing qui fait peur, certes, mais qui se révèle ô combien nécessaire.

Aussi pour m'apaiser, j'ai de suite lu ce magnifique "Col de l'Ange" signé Simonetta Greggio. Ce "Col de l'Ange", c'est là où sont nés, le même jour à quelques petites heures d'intervalle, Nunzio et Nine. Si Nunzio a déjà un frère plus âgé de huit ans, Marcus, Nine, elle, reste fille unique. Très vite, Marcus prend son rôle d'aîné très au sérieux et n'a de cesse de vouloir à la fois protéger les deux petits et leur enseigner ce que, lui, sait déjà faire. Aussi il tombe de haut lorsque, devenus adultes, Nine et Nunzio décident de partir vivre à Paris où ils s'installent ensemble, Nunzio comme architecte reconnu, Nine, devenue Blue, comme mannequin vedette.

L'histoire débute le jour où Nunzio disparait mystérieusement. Nous, lecteurs, savons de suite qu'il est décédé, mais Blue n'en a pas connaissance. Elle pense d'abord qu'il est parti quelques jours avec un nouvel amour. Mais quand elle comprend que ce n'est pas le cas, elle signale cette disparition à la police, puis, contrainte, se résoud à retourner au Col de l'Ange où elle espère vraiment trouver des réponses à toutes ses questions auprès de Marcus.

Là encore, une lecture coup de coeur. Avec Simonetta Greggio, c'était quand même couru d'avance. J'aime cette façon si particulière que l'auteur italienne a d'évoquer les choses de la vie sans avoir l'air d'y toucher, mettant en évidence ce qu'on voudrait garder caché avec tact et délicatesse mais d'un coup d'un seul! L'écriture est sensible et délicate, empreinte d'une douce sensualité et d'une chaleur enveloppante qui agit comme un anesthésiant, comme une couche protectrice qui nous pare des vicissitudes de la vie. D'autant plus que le récit s'organise comme un puzzle, l'une après l'autre chaque pièce trouve naturellement sa place pour n'en plus bouger. C'est beau, c'est poignant, c'est fort et c'est doux. C'est du grand Simonetta Greggio.

 

 

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