N'oublie pas de mourir

Publié le par Martine

N'oublie pas de mourir

Pour le match de la France, ce soir, il me fallait au moins un attaquant! Et c'est Bertrand Runtz et son bouleversant "N'oublie pas de mourir" paru dans la collection Jasmin Littérature des éditions du Jasmin qui m'offre cet avantage.

Le narrateur vit auprès de son père, atteint progressivement par la maladie d'Alzheimer, et de ses deux enfants, une fille et un fils. Bien que soutenu par sa soeur et aidé par tout un corps médical adapté, cette vie n'est pas si évidente pour cet homme qui voit, peu à peu, son père perdre ses facultés physiques et intellectuelles, régresser jusqu'à l'oubli des actes élémentaires et se croire même parfois poursuivi et agressé par quelques démons intérieurs. Une décadence morale et physiologique face à laquelle le narrateur assiste, impuissant, tout en étant confronté en même temps au délicat passage de l'enfance à l'adolescence de son fils. Ironie du sort ou fil conducteur normal à toute vie? La question reste entière et nulle réponse n'est apportée à la fin de ce roman.

Car, si l'on ressent une grande part autobiographique à la lecture de ce récit, il n'en reste pas moins un roman. Ce qui ajoute très certainement une qualité supplémentaire à ce livre qui n'en manque pourtant déjà pas.

Renforcée par l'utilisation du pronom personnel "je", cette impression d'écouter un ami nous parler de son quotidien, de ce quotidien qui sort de l'ordinaire, se développe encore et touche à notre intime par ces confidences que l'on prend de pleine face.

Ce quotidien peu banal, trois générations qui cohabitent sous le même toit, l'e narrateur a besoin de le partager. D'abord et souvent avec humour (et c'est sans doute ce qui nous le rend d'autant plus attachant). Ensuite avec une pudeur, j'aurais envie de dire "d'homme" mais je ne suis pas tellement sûre qu'une femme serait moins pudique ou davantage. L'auteur nous présente les faits, les situations telles qu'elles sont, sans drame, avec seulement la pointe de réalisme qui les rend si authentiques. Ces scènes, on les a tous plus ou moins entendues raconter par des amis dont les parents ont été confrontés à cette terrible maladie. Mais, pour les lecteurs parents d'ados ou de jeunes adultes, comme moi, on les vit aussi ou on les a vécues il n'y a pas si longtemps! Une autre raison très certainement de se sentir encore plus proche et impliqué dans cette lecture.

Par ses mots vrais, simples et concrets, Bertrand Runtz a su trouver le ton juste pour évoquer ces deux passages quasi obligatoires : voir vieillir ses parents et grandir ses enfants, et se trouver en même temps au centre d'un triangle où l'on reste toujours l'enfant de ses parents et le parent de ses enfants sans être jamais vraiment prêt à assumer le rôle de parent de ses parents.

"N'oublie pas de mourir", un récit bouleversant et pourtant ô combien évident.

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Pahi 30/06/2014 21:35

J'en parle régulièrement avec ma plus jeune fille de cette crainte de leur en faire voir un jour de toutes les couleurs, la paranoïa qui atteint beaucoup de personnes âgées, parfois même la méchanceté. J'ai dit que si un jour je devenais ainsi, je ne l'aurai pas voulu... Surtout ne pas compliquer la vie de mes enfants. J'ai aussi été l'enfant de mes parents et ce ne fut pas simple...
Merci, chère Martine, pour cette proposition de lecture, et gros bisous à toi.

Alex-Mot-à-Mots 30/06/2014 11:02

Difficile rôle que celui de parent de ses parents, en effet.

Martine 01/07/2014 07:34

Comme je te comprends, ma chère Denise! Je pense aussi comme toi. Ne rien imposer aux enfants, surtout pas soi! Mais le peut-on seulement?
Je t'embrasse, mon amie

Martine 01/07/2014 07:34

Comme je te comprends, ma chère Denise! Je pense aussi comme toi. Ne rien imposer aux enfants, surtout pas soi! Mais le peut-on seulement?
Je t'embrasse, mon amie

Martine 01/07/2014 07:31

J'imagine, oui! On n'est plus dans l'ordre naturel de la vie. Bonne journée, Alex! Bises