Point de gravité

Publié le par Martine

Point de gravité

Il y a des lectures qui nous laissent sans voix, qui nous prennent à la gorge et nous coupent le souffle. Il nous faut alors un peu de temps pour pouvoir exprimer ce ressenti, si fort qui nous a absorbé sans qu'on y prenne garde.

C'est ce que j'ai vécu en lisant ce "Point de gravité" de Ludovic Joce paru aux éditions D'un Noir Si Bleu. Pourtant j'ai l'habitude avec cet éditeur (dont nous proposons les ouvrages via l'association Les lectures de Martine). Mais, cette fois-ci, il a fait fort. Très fort.

J'ai lu ce roman, le premier pour l'auteur Ludovic Joce, il y a quelques semaines. Et depuis, j'avais peur. Peur de ne pas arriver à exprimer les émotions qui m'ont traversée à cette lecture. Peur d'en dire trop, ou pas assez, ou mal. Et puis aujourd'hui. Enfin! L'envie de vous dire tout le bien que j'ai pensé de ce roman est la plus forte. Alors... je me lance.

Quand Loïc réapparaît après plusieurs longs mois d'absence, Florianne est là, présente, fidèle. Elle l'attend. Mais à la place de l'adolescente dont il se souvient très bien, c'est une jeune femme qui l'accueille désormais et qui exerce à présent le métier d'éducatrice. Ce même métier que Loïc a choisi d'exercer lui aussi des années plus tôt. Et ce même métier qu'il va devoir très certainement exercer à nouveau auprès de jeunes en difficultés, de jeunes garçons et filles en rupture totale avec la société dans laquelle ils vivent.

Egalement marié et père d'une petite fille, Loïc doit réapprendre à vivre, redécouvrir à quoi ressemble le bonheur avant de pouvoir, à son tour et dans l'esprit qui l'anime, essayer de le partager un peu avec ces jeunes qui ont tant besoin de lui et auprès de qui il doit pouvoir répondre présent sans sortir du strict cadre de son travail.

C'est une belle leçon de vie et d'humilité que nous offre Ludovic Joce avec ce "Point de gravité". Ce point sur le fil mouvant de la vie, qu'il ne faut surtout pas faire avancer trop vite, et qui a pourtant si vite fait de pencher du mauvais côté.

Ce qui m'a réellement touché dans ce roman, c'est l'approche du métier d'éducateur que nous en présente l'auteur. Sans mélo, ni sensiblerie extrême, mais avec juste la pointe de réalité nécessaire. La construction du roman est claire et sans fioriture. Même si tout n'est pas dit, le propos nous est soufflé par petites touches infimes et percutantes. Tout n'est pas dit, et n'a nul besoin de l'être, car tout se comprend très bien. Nul besoin d'être devin en effet pour comprendre la blessure profonde qui a atteint Loïc de plein fouet et de plein coeur, blessure dont il n'a pas encore cicatrisé, loin de là! Nul besoin non plus de faire preuve de beaucoup d'imagination pour deviner les difficultés que son retour à la vraie vie, et à sa vie professionnelle, va susciter, d'autant plus que, là, les choses sont dites. Loïc veut essayer d'améliorer, d'apporter quelque chose en plus à ces enfants et à ces jeunes en mal de vivre.

Au-delà de ce récit d'un homme en souffrance en pleine reconstruction, c'est l'approche d'un métier ô combien difficile que nous fait découvrir Ludovic Joce. Un métier qu'on ne peut pas faire sans y mettre du sien, du coeur, et qui nous ouvre des portes à la fois périlleuses et merveilleuses.

Un roman qui ne nous laisse pas indemne mais qu'il faut lire. Absolument.

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Pahi 19/05/2014 21:16

Chère Martine,
Largement avant d'arriver à la fin de ton billet, ma décision était prise : ce sera le prochain livre que je m'achèterai, il faut que je le lise, c'est le moment ou jamais.
Je suis très sensible au sujet et je sens dans tes phrases ce quelque chose qui va droit au cœur.
Gros bisous et bonne nuit, chère amie.

Martine 20/05/2014 19:21

Je n'en attendais pas moins de toi, mon amie! Je sais que tu vas l'apprécier autant que moi, si ce n'est plus...
Gros bisous