Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
14:54
« La tresse de Jeanne », est-ce la tresse de cette petite fille que nous invite à
connaître Nathalie de Broc pour Les Presses de la Cité dans la collection Terres de France ou bien est-ce la tresse d’oignons qu’elle doit porter sur son épaule du bout de son bâton ? Ce
n’est pas clairement dit mais un peu des deux à la fois très certainement !
En effet nous sommes au début du siècle dernier. Chaque matin, c’est la crise entre Jeanne, jolie
fillette de six ans, et sa mère qui n’arrive pas la coiffer sans que l’enfant ne hurle sa douleur sous les coups de brosse impatients suscitant alors l’envie maternelle de couper la belle
chevelure enfantine. Drame et chagrin que lui évite son père en prenant la relève !
Mais celle-ci est de courte durée. Nous sommes en Bretagne en 1905 et, comme nombre de ses
concitoyens, le père de Jeanne est johnny. C’est à dire qu’il part plusieurs mois par an en Angleterre pour vendre des tresses d’oignons aux anglo-saxons. Du coup Jeanne doit prendre son mal en
patience et bien pire encore accepter la tragique disparition de son père lors de sa traversée de la Manche en bateau. Mais cela, la fillette ne peut s’y résoudre. Envers et contre tout et tous,
elle s’obstine à penser que son père n’est pas mort noyé et qu’il l’attend là-bas quelque part en Angleterre. Aussi lorsqu’elle en a enfin l’âge, elle se fait à son tour engager comme johnny et,
à l’aube de ses 16 ans tout neufs, part au milieu de tous ces hommes chercher un peu d’argent et surtout une réponse à sa quête profonde.
Outre le fait de nous faire découvrir un métier d’autrefois quasi inconnu à nombre de nos
contemporains, Nathalie de Broc nous entraîne ici à la suite de Jeanne, dans son univers d’enfant misérable, déchirée entre une mère inconsolable de la mort de son premier amour, une sœur trop
jalouse de la relation qui l’unit à son père, bien vivant lui, et ce père justement qui va « disparaître ». Epaulée dans sa quête par l’ami fidèle de son père, son compagnon johnny et
celui pour lequel elle ne va pas tarder à ressentir un amour sincère, Jeanne s’obstine à tort ou à raison dans sa certitude que son père ne peut pas l’avoir abandonnée dans sa triste situation et
que sa mort jamais confirmée n’a pas pu lui faire rompre la promesse qu’il lui a faite de revenir la coiffer.
Ce texte empreint d’émotion, vibrant au rythme de la vie de Jeanne, de son espoir insensé, de sa
déception inconcevable, Nathalie de Broc nous le conte avec simplicité, authenticité et passion. A travers le destin de Jeanne, c’est l’histoire de toute une population qu’il nous est permis de
découvrir. Des gens honnêtes, sincères ou beaucoup moins. Simplement humains.